Yasuko – Tome 1 : Un nouveau départ

Un duo qui donne envie de prendre le large

Scénario
Julien Frey
Éditeur
Ankama
Date de publication
28 août 2026
Nombre de pages
80

À Tokyo, en 1962, Yasuko travaille dans un restaurant alors qu’elle devrait être au collège. Sa mère est morte et son père est parti travailler aux États-Unis. La jeune fille décide de le rejoindre, quitte à partir seule et sans avoir vraiment les moyens de traverser le Pacifique. Julien Frey et Baptiste Pagani lancent ainsi Yasuko, une série d’aventure publiée chez Ankama dans la collection Étincelle, avec une héroïne qui en a assez d’attendre que les adultes s’occupent d’elle.

Le second membre du duo est nettement moins pressé. Béto, yokai de la Forêt rouge, préférerait qu’on le laisse tranquille, mais doit aider un humain pour conserver le droit de vivre chez lui. Le voilà chargé d’accompagner une adolescente décidée à changer de continent. Ce premier album de 80 pages ouvre un récit prévu en quatre tomes. Cette association imposée suffit-elle à renouveler une histoire de fugue et de retrouvailles familiales assez classique ?

Une vraie raison de partir

Le départ de Yasuko repose sur une situation concrète. Elle travaille au lieu d’aller en classe et grandit loin de son père, après avoir perdu sa mère. Son projet paraît démesuré, mais son envie de quitter le restaurant se comprend immédiatement. Frey donne ainsi une raison à son obstination avant de multiplier les incidents. On peut trouver ses décisions imprudentes sans avoir besoin de la considérer comme une enfant capricieuse.

La jeune fille prend aussi une vraie place dans l’aventure. Sa rencontre avec une créature surnaturelle pourrait facilement la réduire au rôle de celle qu’on protège pendant que la magie règle les problèmes, mais son caractère évite cet écueil. Elle veut avancer, impose son objectif et entraîne son compagnon dans ses décisions. Face à Béto, elle est même la plus responsable des deux. Ce décalage est drôle, mais conserve quelque chose de triste : Yasuko doit déjà se débrouiller alors qu’elle cherche justement à retrouver un parent.

Cette base familiale donne de l’intérêt au voyage, même si elle reste très classique. L’enfant privée de ses parents, la fuite et le compagnon inattendu constituent un point de départ éprouvé. L’originalité se trouve davantage dans la relation entre les héros que dans la construction de l’intrigue.

Béto doit se bouger

Dans cet univers, les habitants de la Forêt rouge doivent aider un humain avant leur 848e anniversaire. Ceux qui échouent sont bannis et condamnés à errer parmi les humains. À 847 ans, Béto pense encore disposer de deux années. Il faut lui refaire la soustraction pour qu’il comprenne son erreur. Le personnage est présenté en quelques répliques, avec une bonne blague qui explique aussi la règle dont dépend son avenir.

Cette obligation rend sa présence plus intéressante que celle d’un protecteur entièrement dévoué. Il accompagne Yasuko parce qu’il risque de perdre sa maison, pas parce qu’il rêvait de rendre service. Son intérêt personnel et celui de la jeune fille se rejoignent sans effacer leurs différences. Elle fonce, il traîne ; elle veut retrouver son père, il voudrait rentrer chez lui. Leurs désaccords donnent ainsi de quoi faire vivre le duo sans fabriquer une dispute à chaque obstacle.

L’humour repose beaucoup sur cette différence de tempérament. Béto a beau appartenir au monde surnaturel, son âge ne le rend ni particulièrement sérieux ni compétent. L’aventure garde de l’incertitude avec un compagnon aussi peu préparé, et Yasuko conserve ainsi toute son utilité.

Du monde sur la route

Le voyage attire rapidement deux yakuzas qui veulent prouver l’existence des yōkai. Leur objectif a le mérite de les relier directement à Béto. Sa présence aide Yasuko, mais attire aussi une attention dont elle se serait bien passée. Le fantastique fournit donc autant d’ennuis que de solutions, ce qui entretient efficacement les péripéties. Leur présence se justifie également par des drames, contrepoids au côté jovial et amical des yōkai. Le premier a perdu son œil à cause de l’un d’eux, le second a vu son père sombrer dans la folie après que ces créatures ont brûlé son dojo. Ce sont des antagonistes naturels qui ne sombrent pas immédiatement dans le cliché.

Le récit élargit ensuite son terrain avec un capitaine de la marine marchande et des rencontres liées au monde des esprits. Frey avance vite. Les situations se succèdent, les maladresses compliquent le trajet et l’album préfère relancer l’aventure plutôt que s’attarder sur les explications. Les règles nécessaires sont données au moment où elles deviennent utiles. Il n’est pas nécessaire de connaître les créatures japonaises pour comprendre ce qui menace les héros.

Le ton reste surtout celui d’une aventure comique. Les poursuivants et les rencontres apportent de l’agitation, mais le duo demeure plus intéressant que les obstacles eux-mêmes. Les personnages secondaires sont fortement caractérisés, parfois jusqu’à la caricature. Cela permet d’aller vite, avec moins de nuances dès qu’on s’éloigne des deux héros. On a surtout envie de retrouver Yasuko et Béto ensemble, davantage que d’en apprendre beaucoup sur chacun de leurs adversaires.

Un dessin qui force parfois le trait

Baptiste Pagani, déjà auteur des Lames d’Ashura, privilégie ici des formes arrondies, des attitudes expressives et une couleur chaleureuse. Ce choix convient au mélange d’humour et de fantastique. Les réactions des personnages participent aux gags, tandis que les créatures trouvent leur place dans une aventure qui assume pleinement ses exagérations. Le dessin donne du mouvement à un récit déjà rapide sans chercher un réalisme qui s’accorderait mal avec Béto.

Le duo profite particulièrement de cette expressivité. La détermination de Yasuko et la décontraction de son compagnon se lisent dans leurs attitudes, ce qui soutient leurs échanges. Les couleurs évitent également que la situation familiale de départ impose une tonalité constamment sombre. L’album conserve son énergie et son envie d’aventure sans devoir transformer chaque scène en moment d’émotion.

La déformation convainc moins sur certains personnages secondaires, notamment les gangsters. Les proportions très appuyées et les expressions grimaçantes donnent parfois un résultat plus brouillon que drôle. Ce parti pris reste cohérent avec l’ensemble, mais manque de retenue. Le dessin est plus attachant lorsqu’il anime les deux héros que lorsqu’il accentue encore la caricature de leurs poursuivants.

Conclusion :

Une bonne raison de suivre le duo

Yasuko – Tome 1 : Un nouveau départ
8/10

Yasuko démarre bien. Frey donne à son héroïne un objectif compréhensible, puis lui associe un compagnon dont la paresse et les obligations nourrissent réellement l’aventure. L’humour fonctionne, les événements avancent et Pagani apporte beaucoup de personnalité aux deux protagonistes. Leur relation constitue la meilleure raison de poursuivre la série.

Le scénario reste classique et les seconds rôles manquent parfois de finesse, dans leur écriture comme dans leur dessin. Ces réserves n’empêchent pas ce premier tome d’être entraînant. Un nouveau départ propose une entrée convaincante dans la série, à condition de chercher le début d’un voyage en quatre albums plutôt qu’une histoire complète en un volume.

Points positifs

  • Yasuko et Béto forment un duo attachant dont les différences font avancer le récit.
  • Une quête familiale simple à comprendre, avec une héroïne qui prend les décisions.
  • Des règles fantastiques expliquées naturellement et un humour efficace.
  • Un dessin expressif et des couleurs chaleureuses qui soutiennent l’aventure.

Points négatifs

  • Une construction familière et des personnages secondaires assez caricaturaux.
  • Des déformations graphiques parfois excessives, notamment chez les gangsters.