Block Out – TOME 1

Éditeur
Ankama
Date de publication
5 juin 2026
Nombre de pages
248

À 12 ans, Nico mesure déjà 1,85 m. Sa croissance est tellement rapide que les médecins considèrent désormais le sport non plus comme un loisir recommandé, mais comme une prescription de survie pour un corps qui file droit dans le mur s’il reste immobile. Le problème, c’est que Nico n’a aucune envie de bouger : il préfère les sessions manette en main avec son meilleur pote Alex à l’idée de suer sur un terrain, peu importe lequel.

Block Out Tome 1 part de cette collision entre un corps trop grand et une vie trop petite pour lui, et choisit le volley-ball comme champ de bataille. Poussée par Kia, une camarade de classe qui refuse de le laisser moisir au fond de la salle, la trajectoire de Nico bascule lors d’un match qui ressemble d’abord à une corvée, puis à un déclic potentiellement beaucoup plus important. Le résultat n’a rien du spokon qui veut réinventer la roue, mais il a ce qu’il faut de tenue, de sincérité et de rythme pour poser des bases solides.

Un géant en sursis

Le point de départ de Block Out est d’une simplicité presque brutale : un gamin beaucoup trop grand pour son âge, dont la taille n’est pas qu’un gag visuel mais un vrai facteur de risque médical. En quelques lignes, le manga installe l’idée que le sport n’est pas une option à cocher dans une fiche de club, mais une nécessité imposée par un corps qui tourne à l’orage permanent. C’est ce qui donne au récit un poids immédiat et évite le discours scolaire.

Nico est posé comme un personnage passif, terré dans son confort, plutôt que comme un prodige qui attendrait sa révélation. Il n’aime pas le sport, il ne le comprend pas, il n’en veut pas, et son refuge se trouve du côté du jeu vidéo et d’une routine qui lui convient très bien tant qu’on le laisse tranquille. Cette inertie devient l’ennemi réel du manga : avant même de parler d’adversaires sur le terrain, il faut déjà vaincre l’envie de ne rien faire, et c’est un angle plus intéressant qu’il n’y paraît.

L’arrivée du volley-ball ne se fait pas par amour du jeu, mais par pression extérieure. C’est Kia qui force la main de Nico, l’entraîne vers un match qu’il aurait évité jusqu’au bout s’il avait pu, et transforme une obligation médicale en véritable mise à l’épreuve. Le tome ne s’attarde pas sur un défilé de sports testés les uns après les autres : il choisit vite sa discipline, ce qui permet au récit de se concentrer sur la manière dont ce terrain précis va bousculer son héros.

Le match en lui-même joue très clairement le rôle de déclencheur narratif. Il ne s’agit pas encore d’une bataille pour un titre, ni d’un affrontement spectaculaire digne d’une finale animée, mais d’un moment où Nico, pour la première fois, arrête de subir complètement ce qu’on lui demande de faire. Le volley agit ici comme une porte entre-ouverte : on y entre d’abord à reculons, puis on commence à regarder autour de soi, et on comprend qu’il y a potentiellement quelque chose à y prendre.

Un spokon qui assume le classique

Block Out Tome 1 ne fait aucun effort pour se faire passer pour un ovni. La structure est celle d’un manga de sport très classique : présentation du héros, problématique forte, entourage identifié, découverte d’une discipline, premier déclic, puis promesse de montée en puissance. Pour certains lecteurs, c’est exactement ce qu’ils viennent chercher ; pour d’autres, ce manque d’esbroufe pourra donner une première impression un peu trop tiède.

Le manga repose largement sur le triangle Nico / Kia / Alex, chacun occupant une place très claire dans la mécanique du récit. Nico est le centre de gravité, le corps trop grand, le regard encore tourné vers sa chambre et ses habitudes, plus spectateur qu’acteur tant qu’on ne le pousse pas hors de sa ligne de confort. Kia, elle, arrive comme la force de friction, celle qui ne supporte pas de le voir laisser passer ce potentiel, et qui le traîne sur le terrain quitte à le bousculer franchement.

Alex complète ce tableau du côté de la bulle protectrice, du monde d’avant où Nico pouvait se cacher derrière ses jeux et ses soirées tranquilles. La dynamique est simple, mais elle donne immédiatement une profondeur minimale au décor humain du manga. On sent très bien où chacun se situe, ce qu’il représente pour Nico, et comment ce trio peut évoluer au fur et à mesure que le volley prendra de la place dans la vie du héros.

Un tome qui ne s’éparpille pas

Sur le rythme, Block Out Tome 1 choisit la ligne droite. La mise en place est rapide, la situation de Nico est clarifiée en quelques scènes, et l’introduction du volley arrive suffisamment tôt pour que le lecteur ne passe pas la moitié du tome à attendre le véritable sujet. Là encore, on est dans un choix de spokon classique, mais bien exécuté : ne pas enfouir le cœur du manga derrière des détours inutiles.

Ce choix a un effet direct sur la lecture : le volume se parcourt facilement, sans lourdeur, avec cette impression de progression continue plutôt que de remplissage. On n’a pas le sentiment d’un tome pilote qui brode pour exister. Au contraire, Block Out a déjà l’air de savoir où il veut emmener son héros, et c’est plutôt rassurant pour la suite.

Là où le tome reste en retrait, c’est sur ce qui fait souvent la différence entre un bon spokon et un très grand : la singularité de son terrain de jeu. Le volley est là, les premières sensations sont là, le potentiel aussi, mais on est encore dans une approche à hauteur d’initiation, sans grande idée de mise en scène ou de vocabulaire propre à la série. C’est logique pour un volume d’ouverture, mais certains lecteurs pourront rester sur leur faim si eux cherchent tout de suite la démesure.

On sent néanmoins qu’il y a matière à aller plus loin. L’auteur, ancien joueur passionné de volley-ball, s’est clairement nourri de son expérience pour donner un minimum de justesse à ce qui se passe sur le terrain. Il faudra voir si les tomes suivants exploitent davantage cette expertise, tant dans le dessin des matchs que dans la manière de faire parler les corps, les trajectoires et les placements.

Conclusion :

Un premier service propre mais très classique

Block Out  – TOME 1
7/10

Block Out Tome 1 pose un socle clair : un héros trop grand pour rester immobile, un volley-ball utilisé comme déclic plutôt que comme simple décor, et une galerie de personnages suffisamment lisible pour qu’on sache très vite qui pousse, qui freine et qui regarde. En un volume, le manga parvient à transformer une contrainte médicale en vraie question de trajectoire de vie, ce qui n’est pas si courant dans un spokon d’ouverture.

Il lui manque encore cette petite folie, ce geste un peu plus tranché qui lui permettrait de sortir du rang des bons mangas de sport classiques pour devenir un titre immédiatement marquant. Mais son honnêteté, sa tenue et son cliffhanger bien placé suffisent largement à donner envie de voir comment Nico va gérer sa taille, son corps, et ce nouveau terrain où il n’a plus vraiment l’excuse de rester sur le côté. Pour un tome 1, c’est déjà une victoire au tableau d’affichage.

Points positifs

  • Un point de départ fort et immédiatement compréhensible.
  • Une entrée dans le volley claire, bien amenée par le personnage de Kia.
  • Un trio Nico / Kia / Alex déjà bien caractérisé, qui donne envie de suivre leurs dynamiques.
  • Un rythme de tome d’ouverture fluide, sans gros ventre mou ni exposition qui s’éternise.
  • Un cliffhanger relevé par les premiers retours, qui installe une vraie attente pour la suite.

Points negatifs

  • Une structure très classique de spokon, qui ne cherche pas encore à tordre les codes.
  • Peu de singularité forte sur la mise en scène du volley à ce stade.
  • Un tome d’introduction parfois un peu tiède.