Age of Empires IV : L’Ascension des sultans

L'extension qui donne de l'ampleur

Date de sortie
14 novembre 2023
Support
Xbox
Genre
STR

L’Ascension des sultans arrive après un jeu de base déjà solide. Il fallait donc autre chose qu’une poignée de cartes et deux blasons pour justifier le retour, et surtout le prix. L’extension choisit la générosité : une campagne de huit missions, deux civilisations complètes, quatre variantes, dix cartes, des héros, du naval, et surtout un angle historique moins usé que la grande fresque occidentale habituelle.

Age of Empires IV avait prouvé qu’il pouvait vivre à la manette. L’extension vérifie une autre chose : la console supporte aussi les couches supplémentaires, les civilisations plus complexes, les missions plus tendues, les fronts qui s’ouvrent en mer pendant que la terre brûle déjà.

Les Croisades depuis l’autre rive

La campagne suit la résistance musulmane pendant les Croisades. Ce choix donne aussitôt plus de relief au récit. Tughtekin, Nur al-Din, Shirkuh, Saladin, Qutuz, Baybars, Shajar al-Durr ou Barsbay dessinent une continuité plutôt qu’un simple album de batailles. On ne rejoue pas seulement l’affrontement entre deux blocs. On suit des pouvoirs, des héritages, des lignes de défense qui bougent avec les siècles.

Le jeu respire mieux quand il sort des angles les plus attendus. Les ordres militaires, les Mongols, les ports, les sièges et les routes maritimes donnent aux missions une autre densité. L’extension n’a pas besoin de plaider sa différence, elle se sent dès les premières cartes, dans la manière dont la menace arrive, dans l’importance de la mer, dans le rapport aux héros.

La campagne introduit aussi le naval avec plus d’insistance. Cela change la pression. Une base n’est plus seulement menacée par les chemins terrestres, elle peut être contournée, coupée, harcelée par l’eau. Sur manette, cette superposition demande de l’avance mentale. Réagir trop tard coûte cher. L’extension récompense les joueurs qui lisent la carte plus qu’ils ne la subissent.

Japonais et Byzantins, deux vraies entrées

Les Japonais et les Byzantins donnent au DLC son vrai volume. Les Japonais sont immédiatement lisibles : samouraïs, shinobi, progression martiale, identité forte, plaisir assez direct de sentir une armée se structurer autour d’unités reconnaissables. La civilisation parle vite, même si elle demande du temps pour être bien jouée.

Les Byzantins sont plus lents à ouvrir. Ils passent par les citernes, les aqueducs, les mercenaires, une économie qui prend de la profondeur avant de montrer sa puissance. C’est une civilisation de réseau, moins spectaculaire au premier regard, mais très satisfaisante quand tout commence à tourner. Elle donne l’impression de bâtir un empire par les fondations avant de le sortir au grand jour.

Les deux civilisations ne demandent pas la même attention. Les Japonais restent plus faciles à sentir dans l’action. Les Byzantins réclament davantage de gestion, de préparation, de discipline. C’est une bonne chose. L’extension ne donne pas deux jouets identiques. Elle propose deux manières de reprendre le jeu.

Les variantes changent la conversation

Les Ayyoubides, l’Héritage de Zhu Xi, Jeanne d’Arc et l’Ordre du Dragon sont des variantes qui déplacent des civilisations connues, parfois de façon assez franche. Elles gardent une base reconnaissable, puis la tordent : autre tempo, autre priorité, autre manière de poser la pression.

Jeanne d’Arc, en particulier, assume une idée presque héroïque au sens le plus direct du terme. Elle change la relation au champ de bataille, donne un repère fort, transforme la progression en présence. L’Ordre du Dragon joue davantage la qualité que la masse, avec cette sensation de petites forces qui valent cher. Les Ayyoubides et Zhu Xi apportent leurs propres chemins, plus souples, plus économiques, plus stratégiques.

Une campagne forte, mais moins habitée

Le regret vient de la mise en scène. L’angle historique est passionnant, la campagne tient, les missions ont du caractère, mais l’extension perd une partie de la texture documentaire qui faisait le charme du jeu de base. Les vidéos historiques manquent. Le récit paraît plus fonctionnel, plus proche d’une campagne RTS classique.

Ce manque se sent surtout parce que le sujet méritait mieux. Les Croisades vues depuis l’autre rive, les figures musulmanes, la pression mongole, les luttes de pouvoir : tout appelait une incarnation plus forte. L’extension donne les cartes, les noms, les objectifs. Elle laisse parfois l’émotion historique au bord de la route.

La difficulté, elle, monte franchement. Certaines missions mettent la console sous tension, avec du naval, du terrestre, des défenses à maintenir et des objectifs qui ne laissent pas toujours respirer. Le défi reste souvent stimulant, mais il devient sec quand l’interface doit suivre trois urgences à la manette.

Le DLC qui change vraiment le jeu

L’Ascension des sultans garde sa force après la campagne. Les civilisations complètes et les variantes modifient les escarmouches, les parties contre l’IA, le multijoueur, les essais ratés du soir où l’on pense juste tester une faction avant d’y perdre deux heures. C’est là qu’une extension de RTS se juge vraiment.

Le DLC enrichit Age of Empires IV sans le disperser. Il ajoute des peuples, des cartes, des habitudes, mais garde le même squelette. La version Xbox absorbe tout cela sans devenir illisible. Les joueurs qui veulent plus de précision peuvent toujours brancher clavier et souris ; les autres ont de quoi rester à la manette sans se sentir exclus.

L’extension a donc le mérite rare de parler aux deux publics. Elle donne du spectacle et du solo aux joueurs qui aiment les campagnes. Elle donne de la matière durable à ceux qui reviennent surtout pour tester, optimiser, perdre, recommencer.

Conclusion :

L'empire gagne en profondeur

Age of Empires IV : L’Ascension des sultans
8,5/10

L'Ascension des sultans est très bonne extension d'Age of Empires IV. Elle ajoute de vraies civilisations, des variantes utiles, une campagne au point de vue fort et assez de cartes pour prolonger le jeu autrement qu'en surface. Sur Xbox Series X|S, elle confirme que la version console peut encaisser un contenu plus dense sans s'effondrer.

Elle perd une partie du charme documentaire du jeu de base et certaines missions deviennent raides à la manette, surtout quand le naval s'ajoute au chaos terrestre. Mais l'ensemble reste généreux,. C'est le DLC qui donne à Age of Empires IV l'épaisseur qu'il méritait.

Points positifs

  • Un contenu très généreux
  • Une campagne qui déplace le regard sur les Croisades
  • Les Japonais et les Byzantins sont deux vraies civilisations
  • Les variantes renouvellent durablement les habitudes
  • La version Xbox encaisse bien la richesse supplémentaire

Points negatifs

  • La campagne perd le charme documentaire du jeu de base
  • Certaines missions deviennent raides à la manette
  • Le naval reste lourd à gérer
  • L'angle historique méritait plus d'incarnation