Et c’est ainsi que je suis née
Naître au monde
- Scénario
- Fanny Michaëlis
- Éditeur
- Casterman
Et c’est ainsi que je suis née est un roman graphique de Fanny Michaëlis qui paraîtra le 27 Août 2025 aux Éditions Casterman. Il se compose de 176 pages.
Naissance en noir et blanc
Voici l’histoire d’une jeune fille singulière, qui naît la tête à l’intérieur d’elle-même. Son père est silencieux, sa mère tempête pour un rien. Cette tête troussée lui déplaît, elle aimerait avoir un enfant normal ; alors elle conçoit une nouvelle vie, que les fées noires lui prennent.
La jeune fille, anonyme, a peur de rester dans la maison, mais aussi d’en partir. Peur qu’elle brûle. Cette angoisse la tiraille de toutes parts, en elle-même, tirant ses longs cheveux à l’intérieur, à l’extérieur ; en dedans, en dehors. Jusqu’à ce qu’elle naisse à elle-même et choisisse de partir. Mais le monde que la jeune fille découvre est nimbé d’obscurité. Un jeune homme la séduit puis disparaît ensuite.
La demoiselle découvre qu’elle est enceinte et décide de ne pas le garder. L’hôpital lui donne un cachet qui n’agit pas tout de suite, alors ils la laissent partir au bout d’une heure. La jeune fille se fait alpaguer par un inconnu prénommé Ange. Il l’invite à travailler avec lui. Elle s’occupe de la cuisine, jusqu’à ce que le cachet fasse effet. Aux toilettes, elle fait ses adieux à la vie, non sans récupérer son enfant mort qu’elle enveloppe et garde dans sa poche. Elle prend le train, à la recherche du sommeil, quelque part. Là où poussent les champs de betteraves, là où les pelleteuses sont à l’arrêt, dans un silence complet.
La jeune fille prend le train tous les jours, voit les visages fatigués des travailleurs, ceux qui effectuent les corvées ingrates. Elle dort où elle peut, son corps, tracé de lignes changeantes, évolue dans un monde peuplé d’ombres grandissantes. Elle assiste à la violence à l’état brut, le racisme qui enfle ; jusqu’à l’embarquement forcé d’une mère et de son fils pour les renvoyer en avion.
Dans ce camaïeu de noir et blanc, cette France toujours plus cruelle, la jeune fille anonyme rencontre un ouvrier qui lui propose de lui laisser une chambre. Il a fui la guerre il y a 3 ans, sa forêt a brûlé. Peut-être que si l’être humain n’interfère plus, elle repoussera enfin ?
De l’art aux lignes intimes
Ce récit, intégralement illustré aux crayons noirs, s’accompagne du texte écrit à la main de l’autrice. Il dégage une grande authenticité dans son approche. Même s’il n’est pas autobiographique, il s’inspire d’événements bien réels. L’héroïne n’a jamais le même visage, c’est volontaire. Elle est anonyme, incarne un mouvement, un cri silencieux, intime.
La patte graphique joue avec les formes, la symbolique, les cassures en soi dans une composition absolument unique. Fanny Michaëlis livre un récit empreint de réflexion, à la fois conte initiatique et introspectif. Son crayonné instille une atmosphère dans laquelle la douleur intérieure peut pleinement se manifester.
Auteure du livre Le lait noir, inspiré de son grand-père, Fanny livre une fois encore un récit poignant qui aborde politique, racisme et violence dans un enchevêtrement de lignes brillamment entremêlées, animées d’un souffle tout en nuances.
Naître au monde
Et c’est ainsi que je suis née raconte une histoire singulière, celle d’une jeune fille née troussée. Habitée par l’angoisse, elle musèle ses émotions face à un père silencieux et une mère colérique. Elle naît à elle-même pour découvrir le monde, la mort en soi, à l’extérieur de soi, dans une renaissance qui crie au cœur d’une France cruelle. Le tout renforcé par des dessins aux crayons noirs qui démarquent clairement son art. Un récit fort, intime, actuel, qui explore la créativité de l’auteure avec finesse.
