Animal Human

Festin d’humains

Scénario
Takuya Okada
Éditeur
Mangetsu
Date de publication
10 janvier 2025

Animal Human est un manga de Okada Takuya paru aux Éditions Mangetsu le 01 Octobre 2025. Traduit par Aline Kukor, il se compose de 208 pages.
Ferme humaine
Chika et son père subissent un accident de voiture. Les secours qui les prennent en charge s’avèrent être des animaux anthropomorphes. Ils s’occupent d’eux puis les invitent à leur banquet. Déroutés, ils acceptent la viande qu’on leur sert avant de visiter leur ferme. L’homme-cochon qui les guide leur dévoile alors l’origine de cette viande : ils élèvent des êtres humains.

Croyant d’abord à une plaisanterie, Nero, le père de Chika cache ses yeux pour ne pas lui montrer ses semblables cloisonnés derrière les barreaux, plongés dans le mutisme, les yeux hagards. L’homme-cochon prénommé Levic leur explique alors que ceux-là sont ses préférés, car ils ne parlent pas. Ils les classent par âge, sexe, rang… En découvrant qu’il a avalé de la viande humaine, Nero vomit. La porte reste volontairement ouverte pour que tous deux s’enfuient et que la chasse commence…

D’étranges souvenirs émergent à la conscience de Nero… Il était humain avant… Il lui répugne de plus en plus de manger de la chair humaine. Et en assistant à un acte ignoble dans une ruelle, sa détermination s’affirme : il est là pour tous les exterminer… Ces êtres qui ne sont ni animaux ni humains, au service d’Ernest, l’homme-cerf…
L’Hallali des Humanimaux
Animal Human s’adresse à un public mature et averti. La cruauté qui imprègne ses pages choque indubitablement. Entrailles, cuisine humaine et actes barbares jalonnent le récit, sans aucune concession.

Mais au-delà de tout cet aspect vomitif, la réflexion autour de la nourriture est pertinente. L’être humain encage des millions d’animaux dans le monde pour les dévorer ensuite. Cette fois, ce manga nous montre l’envers du décor. Ce sont les humains qui se retrouvent prisonniers derrière les barreaux, élevés pour être mangés. L’homme possède une conscience, des émotions, de l’intelligence ; ce qui permet de rendre cet abattage ignoble.

J’espérais qu’un tel ouvrage paraisse un jour pour éveiller les consciences. Car encore aujourd’hui, beaucoup supposent que les animaux ne ressentent rien, ce qui est absurde. Chaque jour, des tonnes de viande sont jetées, car elles ne sont pas consommées. Cela représente de nombreux animaux tués en vain. Et les conditions dans les abattoirs sont parfois ignobles. Certains documentaires sont édifiants ; si vous avez le cœur et les tripes suffisamment accrochés, vous découvrirez un Enfer tabou…

Ernest prétend que les Humanimaux sont les enfants de Dieu, ils mangent les humains en qualité de nourriture sacrée. Ils apprennent aux enfants que cette viande est heureuse de perpétuer le cycle.

Ce premier tome surprend dans sa thématique, sa structure et ses rebondissements. Mais bien qu’Animal Human choque en profondeur, il pointe surtout du doigt les horreurs de l’homme avec une justesse concrète. La fin de ce premier volume révèle la genèse des Humanimaux et promet de nouveaux questionnements sur la loi du plus fort : manger ou se faire manger.

La chasse est très représentative, notamment lorsque l’homme-ours abat l’être humain qui lui sert de chien sans éprouver la moindre compassion. Des séquences particulièrement brutales giflent le lecteur, car Animal Human ne respecte aucun code usuel et sacrifie volontiers ses protagonistes. En somme, même si cet univers dérange, il soulève des émotions très vives et questionne sur la cruauté qu’endurent les animaux chaque jour et la place de l’être humain au cœur de la chaîne alimentaire.

Conclusion :

Festin d’humains

Animal Human
7,5/10

Animal Human est un manga dérangeant qui aborde la cruauté animale en incorporant les Humanimaux : créatures anthropomorphes qui dévorent les humains. Cruel, violent, barbare ; il représente l’être humain dans son avidité de se nourrir et d’asseoir sa suprématie, en inversant la donne. Ce sont les humains enfermés derrière les barreaux et non les animaux. Ainsi, le lecteur est davantage sensibilisé à ce qui se passe dans les abattoirs, puisqu’il s’agit d’êtres humains qui sont mangés. Ce manga indigne et questionne sur la chaîne alimentaire, tout en soulevant l’éthique dans un bain de sang.