Graciela dans les abysses
Un conte marin
- Auteur(e)
- Meg Medina
- Éditeur
- Lumen
- Date de publication
- 21 mai 2026
- Nombre de pages
- 288
Graciela dans les abysses est un livre de Meg Medina illustré par Anna et Elena Balbusso qui paraîtra aux Éditions Lumen le 21 Mai 2026. Traduit par Cyril Laumonier, il se compose de 288 pages.
Renaissance dans les abysses
Graciela fête son anniversaire avec sa sœur aînée, Letitia. Mais elle se montre imprudente : parce qu’elle s’ennuie, elle s’approche trop près du vide et un coup de vent finit par l’emporter, la noyant dans la mer. Sa mort n’est qu’une étape vers sa renaissance. Couchée tout au fond, elle assiste avec impuissance au décès de sa sœur, puis de ses parents. Un siècle entier s’écoule.
Lorsqu’elle renaît enfin, Graciela est accueillie par Amina, une Guide des esprits qui est là pour l’aider. Amina lui explique que chaque esprit choisit un métier différent ; celui de Graciela consiste à devenir vitrière. Elle fabrique des pièces uniques en polissant du verre avec ses dents de perles, qu’elle destine ensuite aux Humains, qui n’ont pas conscience de son existence.
Amina aspire à rejoindre le Château de Salemúria qui disparaît chaque soir pour rejaillir ailleurs le lendemain (on appelle cela l’Effondrement). Il abrite les Almas, esprits souverains qui maintiennent l’équilibre marin. Mais, si Amina devenait une Alma, Graciela ne la reverrait plus, alors elle espère que ce jour n’arrivera jamais.
Hameçon maudit
De son côté, Jorge est le descendant d’un forgeron à la sombre réputation. Les Leon sont évités suite à un certain naufrage qui a coûté la vie à de nombreux marins. Autrefois, Fernando Gonzalo commanda une arme capable de tuer un esprit des mers. Et Ignatio Leon l’a bel et bien fabriqué en se servant des restes d’un esprit (du bois flotté) pour fabriquer la hampe. Ernesto, alors enfant, s’est faufilé dans le navire. Il a alors assisté à toute la scène, incluant harpon, marteau et hurlements funestes ; mais, Ignatio l’ayant trouvé après le naufrage, l’a menacé de lui brûler la langue s’il racontait ce qu’il avait vu. Les villageois estimant Ignatio coupable de la disparition de leurs meilleurs pêcheurs, le forgeron a donc menacé Ernesto pour ne pas soulever une haine plus grande encore.
Ernesto a donc gardé le silence durant toute sa vie, jusqu’à ce que Jorge, très différent de sa famille, l’entende enfin. Rêveur, Jorge aime créer des jouets, ce que ses parents ne tolèrent pas. Ils considèrent que l’imagination ne remplit pas l’estomac, brisent ses créations, le méprisent et le battent. Rudoyé, le jeune garçon n’abandonne pas ses rêves pour autant et récupère des morceaux en cachette pour créer des œuvres originales comme un criquet à ressorts. C’est par hasard qu’il est tombé sur le harpon maudit.
Violence sur la terre et dans la mer
Graciela dans les abysses est construit comme un conte, narré avec moult détails qui transforment les eaux en lieu poétique. Cependant, même s’il est conseillé à partir de 10 ans, c’est un conte baigné de violence. Les figures parentales sont toxiques : si la mère de Graciela ne surveillait pas ses filles près du récif, son père, en revanche, la faisait se sentir de trop au point qu’elle doive quitter la pièce. Mais le pire figure chez les parents de Jorge, des gens qui lui crient : « Crève », détruisent ses créations, l’enferment et le frappent. Non seulement l’humanité est monstrueuse, mais elle le reste une fois dépouillée dans la mer sous forme d’esprits qui provoquent raz-de-marée et noyades sans plus de considération.
Graciela, pour qui on a de la sympathie au début, montre son vrai visage de voleuse et de menteuse qui envisage même d’abandonner Jorge à son sort (la mort) sans que cela lui pèse particulièrement. La narration va trop vite, leur rencontre, qui suscite de la haine, se transforme en amitié… en quelques heures à peine ! Et les choix scénaristiques incorporent un relief malaisant. Une transcendance en soi s’étale sur la durée. Graciela a l’éternité devant elle, mais l’auteure a choisi de tout boucler en une nuit sans prendre le temps de lui laisser digérer ses erreurs pour devenir une meilleure personne. Graciela accepte d’aider autrui plutôt à contrecœur et n’est clairement pas prête à endosser de nouvelles responsabilités.
Tourmenter les protagonistes principaux (pauvre Jorge qui s’en prend plein la tronche chez lui et dans les abysses) ne les rend pas plus attachants pour autant, mais peut, au contraire, distancier le lecteur qui coule sous une avalanche de violence gratuite. Elle gifle car on ne s’attend pas à cela en découvrant les illustrations des jumelles Balbusso. Ces dernières, qui jalonnent le livre tout du long, auraient mérité un tirage couleur.
Un glossaire est inclus à la fin du livre pour mieux apprécier l’univers et ses codes. Fort heureusement, une élégante poésie accompagne le récit. Fluide, il se lit facilement, dépose de somptueux coquillages au détour d’un voyage qui fleure bon les embruns.
Un conte marin
Graciela dans les abysses est un conte qui revêt de jolis coquillages pour narrer son histoire. La vie après la mort de Graciela désormais transformée ; et celle du forgeron Jorge, descendant de celui qui a fabriqué l’hameçon maudit capable de tuer les esprits des mers. Poétique et brutal tout à la fois, il fleure bon les embruns mystérieux.
