Until Then
L'adolescence avant la fin du monde
- Date de sortie
- 23 avril 2026
- Support
- Xbox
- Développeur
- Polychroma Games
- Éditeur
- Maximum Entertainment
- Genre
- Visual Novel
Until Then arrive tard sur Xbox,près d’un an après sa sortie PC, mais le jeu n’a jamais vraiment appartenu à l’urgence. C’est une histoire qui prend son temps, qui regarde un adolescent attendre une réponse à un message, sécher un devoir, traîner avec ses amis, se tromper dans les petites décisions qui deviennent énormes à cet âge-là. Puis le monde se fissure. Pas d’un coup. Par détails. Par absences. Par souvenirs qui ne restent pas en place.
Mark Borja vit dans une version fictive des Philippines encore marquée par une catastrophe. Le décor compte beaucoup, mais Until Then n’en fait pas une carte postale. Les salles de classe, les trajets, les téléphones, les réseaux sociaux, les boutiques, les bus et les silences donnent au jeu sa vraie texture. Until Then traverse une adolescence située quelque part, avec ses gestes, ses mots, ses habitudes.
Le résultat est l’un de ces jeux narratifs qui ne séduisent pas par leur système, mais par leur justesse. Until Then demande surtout de lire, d’avancer, de choisir parfois une réponse, de participer à de petits mini-jeux du quotidien. Cela semble peu. C’est pourtant là que le jeu trouve son poids.
Le quotidien comme matière première
La plus belle idée d’Until Then est de ne pas traiter l’adolescence comme une introduction avant les choses importantes. Elles sont déjà là, et se cachent dans la gêne d’une conversation, dans l’attente d’un message vu mais pas répondu, dans une blague qui tombe mal, dans la peur de décevoir ses amis, dans cette manière de faire semblant que tout va bien parce qu’on n’a pas encore les mots pour dire le contraire.
Mark n’est pas un héros spectaculaire et c’est justement pour cela qu’il fonctionne. Il est parfois drôle, parfois lâche, parfois tendre, parfois insupportable. Le jeu ne cherche pas à le rendre immédiatement aimable. Il le laisse être adolescent, avec cette maladresse qui fait mal parce qu’elle sonne juste.
Les personnages autour de lui existent avec la même attention. Les amitiés ne sont pas des cases à remplir, les relations sentimentales ne sont pas des récompenses, les tensions familiales ne sont pas posées pour faire pleurer vite. Until Then avance par petites scènes, et ces petites scènes finissent par former quelque chose de très solide.
Un mystère qui gagne à rester humain
Le jeu a bien un mystère. Des disparitions, des souvenirs instables, une impression de déjà-vu qui contamine peu à peu le récit. Mais Until Then se trompe moins quand il laisse cette étrangeté servir les personnages que lorsqu’il essaie de faire monter la mécanique surnaturelle au premier plan.
La grande réussite vient de l’équilibre entre l’intime et l’inquiétant. Le monde peut changer autour de Mark, mais ce qui compte reste ce que ces changements font aux liens. Perdre quelqu’un, ne pas savoir quoi dire, s’accrocher à une routine parce qu’elle rassure, comprendre trop tard qu’un moment banal était déjà précieux. Le jeu touche juste quand il ramène le fantastique à cette échelle-là.
Tout n’est pas parfait cependant. Certaines longueurs existent, surtout lorsque le jeu étire volontairement son quotidien. Quelques mini-jeux amusent plus qu’ils ne marquent. Certains détours narratifs auraient gagné à être plus resserrés. Mais ces limites ne cassent pas l’ensemble, parce que la sincérité du récit tient la ligne.
Jouer peu, ressentir beaucoup
Until Then n’est pas un jeu qui cherche à multiplier les systèmes. On lit beaucoup. On se déplace un peu. On répond à des messages, on consulte des publications, on participe à des mini-jeux volontairement banals. La limite est claire : ceux qui attendent une aventure riche en gameplay resteront dehors.
Mais la pauvreté apparente du jeu est aussi sa méthode. Le téléphone y est un espace social. Les messages, les emails, les publications et les réactions construisent une partie du monde. Le jeu comprend parfaitement à quel point l’adolescence contemporaine passe par ces petites interfaces où l’on attend, interprète, espère et se vexe.
Une beauté qui ne force pas
Visuellement, Until Then possède une identité magnifique. Son pixel art n’a rien d’un simple habillage nostalgique. Les personnages bougent, attendent, hésitent. Les décors respirent. Les plans mêlent la 2D et des volumes plus modernes avec une douceur qui donne aux lieux une profondeur immédiate.
Le jeu sait surtout quand s’arrêter. Il ne cherche pas à rendre chaque scène spectaculaire. Une chambre, une salle de classe, une rue après la pluie, un trajet un peu long suffisent à créer une présence. La musique accompagne cette retenue. Elle sait être chaleureuse sans devenir sucrée, triste sans forcer la main.
C’est ce mélange qui rend Until Then aussi précieux. Il parle de perte, de mémoire, d’amour, d’amitié, mais il ne court pas après la grande phrase. Il observe. Il laisse les personnages se tromper. Il accepte que l’émotion arrive parfois par un détail minuscule.
Une histoire qui reste
Until Then est une réussite majeure du jeu narratif. Il a peu de mécaniques, peu de vitesse, peu de spectaculaire au sens habituel. Mais il possède une justesse rare, une culture qui respire dans les détails, des personnages qui restent, et une manière très fine de faire glisser le fantastique dans la douleur intime.
Ses longueurs et son gameplay limité sont réels. Ils définissent même clairement le public du jeu. Mais pour qui accepte son rythme, Until Then frappe avec une douceur redoutable.
Points positifs
- Une écriture adolescente d'une grande justesse
- Des personnages attachants sans être lissés
- Un pixel art magnifique et vivant
- Une utilisation intelligente du téléphone et des réseaux
- Une émotion qui ne force pas la main
Points negatifs
- Un gameplay très limité
- Quelques longueurs assumées mais sensibles
- Des mini-jeux inégaux
- Un rythme qui laissera une partie du public à distance
