Simon the Sorcerer Origins
Simon revient par la grande porte
- Date de sortie
- 27 octobre 2025
- Support
- Xbox
- Développeur
- Smallthing Studios
- Éditeur
- ININ
- Langue
- Français 🇫🇷
Avec Simon the Sorcerer Origins, Smallthing Studios ne tente pas de refaire une vieille gloire en lui retirant toutes ses aspérités. Le jeu revient aux origines, avant le premier Simon the Sorcerer, avec un adolescent sarcastique, une prophétie qui tombe au mauvais moment, un monde magique rempli de personnages bizarres et cette vieille mécanique du point and click où l’on parle, ramasse, combine, observe, puis finit parfois par essayer n’importe quoi parce que la solution refuse de venir. Comme à la grande époque.
Simon déménage avec sa famille, se retrouve très vite aspiré dans une aventure magique, et découvre que son mauvais caractère ne suffira pas à le sortir de là. On retrouve donc une aventure graphique assez pure, avec des dialogues, des objets, des énigmes, quelques sorts et beaucoup de mauvaise foi adolescente. Le jeu ne cherche pas à devenir un point and click moderne entièrement lissé. Il garde cette manière ancienne de demander au joueur de fouiller chaque écran, de lire chaque réplique et de supporter d’être bloqué.
C’est là que Simon the Sorcerer Origins trouve son charme. Il comprend qu’un retour de Simon ne peut pas seulement tenir sur une licence qui, de toute manière, ne parle plus à grand monde. Il faut du sarcasme, des situations absurdes, un monde de fantasy qui se prend suffisamment au sérieux pour que Simon puisse le piétiner, et des énigmes qui donnent au joueur l’impression d’avoir gagné quelque chose quand elles cèdent enfin.
Mais le jeu traîne aussi les vieux meubles avec lui. Certaines énigmes sont franchement tordues, parfois moins parce qu’elles sont brillantes que parce qu’elles demandent de penser comme les développeurs et non avec logique. Le rythme peut se bloquer longtemps, l’intrigue ne garde pas toujours assez de force entre deux murs logiques, et le monde paraît parfois plus petit que ce que son ouverture laisse espérer. Simon the Sorcerer Origins veut retrouver les années 90, mais il retrouve aussi ce que ces années avaient de moins glorieuses.
Tu es un sale gosse, Simon
Simon the Sorcerer Origins revient avant la légende, ce qui est sans doute la meilleure idée du jeu. Simon n’est pas encore tout à fait ce sorcier malgré lui que les anciens joueurs connaissent. C’est d’abord un adolescent arraché à son quotidien, enfermé dans un déménagement qu’il subit, puis jeté dans un monde magique où personne ne semble avoir prévu de lui rendre les choses simples. Le préquel fonctionne parce qu’il ne cherche pas à réécrire toute la mythologie. Il prend Simon au moment où tout peut encore commencer.
Le personnage reste évidemment le centre du jeu. Simon parle trop, répond mal, se moque de presque tout et traverse l’aventure avec cette insolence qui faisait déjà une partie de son identité. Le risque, avec un héros aussi sarcastique, c’est de devenir vite fatigant. Origins s’en sort plutôt bien quand il laisse cette mauvaise foi se heurter à un monde de fantasy absurde. Simon n’est pas drôle parce qu’il lance des blagues au hasard mais quand il refuse d’entrer dans le sérieux d’un univers qui voudrait l’embarquer dans une grande destinée.
Le scénario, lui, reste plus classique. Une prophétie, un monde magique, une menace, des rencontres bizarres, des objets impossibles et cette longue route vers le premier Simon the Sorcerer. Le jeu ne surprend pas vraiment par sa structure. Il avance comme une aventure graphique assez traditionnelle, avec des lieux à débloquer, des personnages à interroger, des situations qui existent surtout pour nourrir les énigmes. Ce n’est pas mauvais, mais ce n’est pas là que le jeu impressionne le plus.
Ce qui fonctionne mieux, c’est le ton. Simon the Sorcerer Origins retrouve une forme d’humour britannique assez sec, parfois idiot, parfois plus mordant, qui donne au récit une vraie couleur. Le jeu peut être bavard, mais il n’est pas vide. Les dialogues servent souvent à installer une relation entre Simon et le monde qui l’entoure, une sorte de friction permanente entre le gamin et la magie.
Les personnages secondaires participent à cette dynamique, avec une galerie volontairement étrange, pas toujours très profonde, mais souvent utile pour maintenir le rythme comique. On sent bien que beaucoup existent d’abord pour porter une situation, une énigme ou une réplique. C’est le genre qui veut ça. Dans un point and click, les figures croisées sont souvent des obstacles autant que des personnages. Origins assume cette logique, même si certains auraient gagné à exister un peu plus longtemps avant de redevenir une fonction dans le décor.
Le lien avec les anciens épisodes reste assez bien dosé. Le jeu parle aux nostalgiques, mais il ne se contente pas de leur faire des clins d’œil. Il essaie de donner à Simon un départ crédible, d’expliquer son rapport au monde magique et de préparer ce qu’il deviendra. Cette position de préquel est toujours délicate, parce qu’elle peut facilement réduire l’aventure à une suite de préparatifs. Origins évite en partie ce piège grâce à son ton. Même quand on sait où le personnage doit aller, il reste plaisant de le voir râler sur le chemin.
La version française aide beaucoup. Dans un jeu aussi dépendant des dialogues, des descriptions et des sous entendus, avoir les textes en français change réellement l’expérience. L’humour ne repose pas seulement sur les situations. Il vient aussi des formulations, des réactions, des petits décalages dans les échanges. Le doublage anglais garde évidemment un poids particulier avec le retour de Chris Barrie, mais les textes français permettent au moins de suivre sans perdre la moitié des intentions.
Reste que l’écriture ne tient pas toujours la même énergie. Certains passages tournent un peu en rond, certaines discussions s’étirent plus que nécessaire; et l’intrigue principale n’a pas toujours assez de force pour faire oublier la mécanique du point and click derrière elle. Simon peut porter beaucoup de choses, mais pas tout. Quand l’énigme bloque ou que le lieu manque de vie, les dialogues seuls ne suffisent pas à maintenir la magie.
Simon the Sorcerer Origins réussit donc surtout son personnage et son ton. Il raconte une origine correcte, drôle, attachante, mais pas toujours aussi vive que son héros. Le jeu a compris que Simon devait rester un sale gosse avant d’être une icône. Il lui manque seulement, par moments, un monde capable de répondre avec la même insolence.
Le retour réussit du petit sorcier
Simon the Sorcerer Origins réussit l’essentiel : faire revenir Simon sans le vider de son sarcasme. Le dessin animé a du charme, les dialogues gardent cette mauvaise foi très britannique, Chris Barrie redonne une vraie présence au héros en anglais, et les textes français rendent l’aventure beaucoup plus accessible. Smallthing Studios signe un préquel sincère, respectueux de la série, capable de retrouver l’esprit du point and click classique sans le transformer en objet trop lisse.
Mais ce retour hérite aussi des défauts du genre. Certaines énigmes sont plus tordues que malignes, le rythme se bloque parfois trop longtemps, l’intrigue reste assez simple et le monde magique aurait mérité de respirer davantage. Simon the Sorcerer Origins parlera donc surtout aux nostalgiques et aux amateurs d’aventures graphiques à l’ancienne.
Points positifs
- Simon retrouve son sarcasme
- Une direction artistique dessin animé charmante
- Chris Barrie convaincant en anglais
- Des textes français très appréciables
- Un vrai respect du point and click classique
Points negatifs
- Des énigmes parfois trop opaques
- Un rythme qui peut se figer
- Une intrigue assez simple
- Des animations parfois raides
- Un monde magique qui aurait pu être plus vivant
