Cthulhu: The Cosmic Abyss

La raison au fond du gouffre

Date de sortie
16 avril 2026
Support
Xbox
Développeur
Big Bad Wolf
Éditeur
Nacon
Genre
FPS / Horreur

Cthulhu: The Cosmic Abyss prend une bonne décision dès le départ en ne transformant pas l’univers de  Lovecraft en jeu d’action. Big Bad Wolf laisse les armes de côté et construit une enquête à la première personne, avec des preuves à lire, des objets à examiner, des hypothèses à relier et une station sous-marine qui glisse peu à peu vers quelque chose de beaucoup moins rationnel.

Noah, agent d’Ancile, descend en 2053 dans une installation minière coupée du monde. L’humanité exploite encore ce qu’elle peut, les grandes structures privées creusent toujours plus bas, et l’enquête mène rapidement vers R’lyeh, prison agouties dénuée de sens et de raison. L’idée n’est pas neuve dans l’univers de Cthulhu, mais elle fonctionne parce que le jeu la prend au sérieux. Il parle d’exploitation, de technologie, de croyance dans le contrôle, puis montre ce qui arrive quand tout cela ne suffit plus.

Le jeu réussit surtout quand il reste dans l’observation. On avance, on fouille, on comprend une scène par petits morceaux. Une note, un cadavre, une trace, une anomalie sonore. Rien de spectaculaire, mais une vraie cohérence. Cthulhu: The Cosmic Abyss ne cherche pas à faire peur toutes les cinq minutes. Il préfère laisser monter l’inconfort.

Le problème, c’est qu’un jeu d’enquête doit être précis. Ici, trop de choses accrochent. Les manipulations d’objets sont pénibles, certains objectifs sont mal indiqués, le rythme se casse dans des allers-retours inutiles. Le fond est bon. L’exécution ne suit pas toujours.

Une enquête qui tient son idée

Le meilleur choix du jeu reste son absence de combat. Noah ne gagne pas parce qu’il vise mieux. Il avance parce qu’il regarde mieux. Cela change immédiatement le rapport à l’horreur. La menace n’est pas un adversaire à gérer, mais une vérité à approcher. C’est exactement ce qu’il fallait pour cette licence.

Les premières heures installent bien cette logique. La station donne un cadre froid, industriel, presque administratif. On y trouve des procédures, des écrans, des dossiers, des zones de travail abandonnées. Puis le réel se déforme. Les lieux humains se retrouvent contaminés par autre chose. R’lyeh n’arrive pas comme un simple décor spectaculaire, mais comme une présence qui rend le reste ridicule.

Noah reste un personnage fonction classique. Il sert à porter l’enquête, pas à voler la scène. Key, l’intelligence artificielle qui l’accompagne, a plus d’intérêt. Elle aide à classer les indices, structure le raisonnement, donne une lecture technique à des phénomènes qui refusent justement d’être réduits à des données. Cette opposition fonctionne bien.

Le jeu trouve aussi une bonne place pour la corruption mentale. Elle ne se limite pas à une jauge de folie posée dans un coin. Elle influence certaines conclusions, modifie la façon de lire les faits, et donne du poids aux choix. Cthulhu: The Cosmic Abyss comprend que la peur lovecraftienne ne vient pas seulement de ce que l’on voit, mais de ce que l’on accepte de croire.

Le récit reste plus classique que son dispositif. Corporation aveugle, culte, savoir interdit, humanité trop sûre d’elle : on connaît cette trajectoire. Le jeu ne surprend pas énormément. Mais il tient assez bien sa ligne pour que l’enquête garde son intérêt.

Le Vault fait le travail

Le Vault est la vraie bonne idée de gameplay. C’est l’endroit où les preuves se répondent. On y classe les éléments, on relie des faits, on teste une interprétation. Quand le système fonctionne, il donne une satisfaction simple et efficace : une scène qui semblait confuse devient enfin lisible.

Le sonar de Key apporte une autre bonne couche. Il sert à repérer des traces, à sonder un environnement, à faire apparaître ce que Noah ne voit pas directement. Le jeu aurait pu tomber dans le surlignage facile. Il évite souvent ce piège. Le sonar donne une méthode, pas seulement une flèche.

Les puzzles suivent cette logique. Ils demandent surtout de bien regarder et de comprendre le lien entre les indices. Ce ne sont pas des énigmes très compliquées, mais elles s’intègrent bien au rythme de l’enquête. Cthulhu: The Cosmic Abyss est plus intéressant quand il demande de réfléchir à ce qui s’est passé que lorsqu’il cherche à bloquer le joueur devant un mécanisme.

Cette partie-là fonctionne. Elle donne au jeu une vraie identité. Big Bad Wolf sait faire parler des documents, des choix et des scènes figées. On sent l’expérience du studio dans cette manière de laisser une décision morale ou logique peser sur la suite.

Mais le système manque de netteté dans plusieurs moments importants. Il faut parfois trouver le bon point exact sur un objet, refaire une pièce parce qu’un détail n’a pas été validé, revenir dans un menu sans comprendre immédiatement ce que le jeu attend. L’enquête devient plus lourde, pas plus intéressante.

La lourdeur casse le mystère

Le plus gros défaut du jeu est très concret : manipuler les objets n’est pas agréable. Pour un titre qui demande constamment d’inspecter, tourner, analyser et valider des éléments, c’est un vrai problème. Le geste manque de précision. Le bon angle se trouve mal. L’interaction attendue ne se déclenche pas toujours clairement. On sort alors de l’enquête pour se battre avec l’interface, on quitte l’angoisse pour revenir à notre position de joueur luttant contre une maniabilité bancale.

Le rythme souffre aussi de cette lourdeur. Cthulhu: The Cosmic Abyss a le droit d’être lent. Sa lenteur sert même souvent son ambiance. Mais il ajoute trop d’allers-retours, trop de moments où l’on cherche simplement ce qui n’a pas été coché par le jeu.

Le système d’énergie ne fonctionne pas non plus comme il le devrait. Il limite certains outils, mais ne crée pas une vraie tension. Il ralentit plutôt une aventure qui n’avait pas besoin de cette contrainte supplémentaire. Le jeu est déjà assez pesant par son ambiance, ses lieux et ses choix. Cette couche de gestion n’apporte pas grand-chose, sinon la frustration de devoir attendre avant d’effectuer une action.

Les contrôles manquent également de précision. Les déplacements restent corrects, mais l’examen d’objets et la navigation dans les preuves sont moins naturels qu’ils devraient l’être. Attention, le jeu reste parfaitement jouable. Il donne seulement l’impression d’avoir été pensé pour une manipulation plus fine, à l’aide d’une souris, que ce que le pad permet réellement.

La technique ajoute ses propres accrochages. Bugs, points de sauvegarde mal placés, ralentissements, petites incohérences visuelles : rien ne rend l’aventure injouable, mais tout revient régulièrement gratter l’immersion. Dans un jeu d’ambiance, ces défauts coûtent cher.

Une ambiance solide, pas toujours bien tenue

Visuellement, Cthulhu: The Cosmic Abyss a de très bons passages. La station sous-marine installe un cadre crédible, et froid. R’lyeh tranche avec cette logique et donne au jeu ses images les plus fortes. Les volumes, les formes, la verticalité et l’échelle donnent souvent l’impression d’être dans un lieu qui n’a rien à faire avec l’humain.

Le jeu évite aussi de trop montrer Cthulhu. C’est important. Beaucoup d’adaptations perdent la force du mythe en transformant l’indicible en gros boss de fin de niveau. Ici, la menace pèse davantage par les lieux, les traces, les effets sur les personnages. Le résultat est plus juste.

Le son participe beaucoup à cette réussite. Les bruits sourds, les machines, les signaux, les silences et les voix à distance composent une ambiance efficace. Le jeu n’a pas besoin d’abuser des sursauts. Il sait que l’attente fait une grande partie du travail.

Les voix anglaises font correctement le travail, sans toujours donner aux scènes la force attendue et sans apporter le confort d’une localisation complète. Le français dans les textes est indispensable pour suivre les indices et les déductions. La localisation remplit son rôle, même si elle ne règle pas les problèmes de clarté du système.

L’ensemble reste donc solide sur l’atmosphère. Cthulhu: The Cosmic Abyss sait où il veut emmener le joueur. Il manque seulement de propreté pour garder cette tension sans interruption. Dès que l’interface ou la technique s’invite, l’horreur recule et le jeu redevient un logiciel.

Une bonne base, trop d’accrocs

Cthulhu: The Cosmic Abyss est un jeu intéressant parce qu’il a compris son sujet. Il ne cherche pas à singer un survival horror, ne transforme pas son enquêteur en héros armé, ne noie pas le joueur sous des monstres. Il prend le parti de l’enquête, de la déduction, de l’observation. C’est le bon angle.

Mais cet angle ne suffit pas à masquer les défauts. Les systèmes manquent de confort. Les manipulations cassent le rythme. Certains objectifs deviennent plus confus qu’intelligents. Les sauvegardes et les bugs salissent plusieurs passages. Ce sont des problèmes centraux, pas de simples détails.

Le jeu reste recommandable pour ceux qui aiment les enquêtes lentes et les ambiances lovecraftiennes bien installées. Il offre de vrais moments de malaise, de bonnes idées de déduction et une direction artistique capable de faire exister R’lyeh autrement que comme un décor de carte postale sombre.

Il ne faut pas lui demander la précision d’un grand jeu d’enquête. C’est là qu’il échoue le plus nettement. Il sait poser un mystère. Il sait moins bien rendre agréable le chemin qui permet de le résoudre.

Conclusion :

Une enquête forte, mais mal polie

Cthulhu: The Cosmic Abyss
7/10

Cthulhu: The Cosmic Abyss tient par son ambiance, son refus de l'action facile et ses bonnes idées d'enquête. Le Vault, le sonar, la corruption et la direction artistique donnent au jeu une vraie identité. Big Bad Wolf comprend le mythe et trouve une manière intéressante de le moderniser.

Mais le jeu perd trop de points sur l'exécution. Les manipulations d'objets sont pénibles, l'énergie ne sert pas l'expérience, la manette manque de précision, les sauvegardes agacent et la technique manque de tenue. Une bonne enquête, oui, mais une bonne enquête qui demande de supporter beaucoup trop d'accrocs.

Points positifs

  • Une ambiance lovecraftienne bien installée
  • Le Vault donne du poids à la déduction
  • Le sonar fonctionne comme vraie mécanique d'enquête
  • R'lyeh a une vraie présence visuelle
  • Le jeu évite l'action facile et reste fidèle à son sujet

Points negatifs

  • Les manipulations d'objets sont pénibles
  • Le système d'énergie ne sert pas l'expérience
  • Les contrôles manquent de précision
  • Les objectifs deviennent confus par moments
  • La technique et les sauvegardes manquent de propreté