The Art of Junji Ito Collection

Un Artbook à regarder de près

Auteur(e)
Junji Ito
Traduction
Anaïs Koechlin
Éditeur
Mangetsu
Date de publication
10 septembre 2026
Nombre de pages
232

Adapter Junji Ito en dessin animé pose un problème assez évident : une bonne partie de son horreur repose sur le dessin lui-même. Les corps déformés, les visages et la profusion de détails comptent autant, sinon plus, que les histoires. En 2018, le studio DEEN s’est attaqué à plusieurs de ses récits avec Junji Ito Collection, sous la direction de Shinobu Tagashira. Une adaptation inégale, dont les choix graphiques deviennent justement intéressants à examiner lorsqu’on les rapproche des pages originales.

C’est justement le sujet de The Art of Junji Ito Collection, publié chez Mangetsu avec la participation de Crunchyroll. Jonathan Clements accompagne les documents de production de textes qui reviennent sur les histoires et leur adaptation. Il faut bien distinguer ces 232 pages de l’Artbook Junji Ito déjà paru chez Mangetsu : nous sommes ici dans les coulisses d’une série précise. Que nous apprennent vraiment ces dessins sur le passage du manga à l’écran ?

D’une histoire à l’autre

Le livre reprend les récits adaptés un à un, avec une présentation de leur intrigue et différents documents permettant de suivre leur transformation. On retrouve notamment Tomie, la jeune femme dont la beauté provoque des obsessions meurtrières, ainsi que Soïchi, l’enfant adepte des malédictions et des clous. La sélection permet aussi de revenir sur des histoires plus brèves, sans limiter l’ouvrage aux personnages les plus connus de Junji Ito.

L’organisation par récit est un bon choix. Elle permet de garder en tête la situation et les personnages pendant qu’on regarde les recherches graphiques. Une présentation par métier, avec tous les décors d’un côté et tous les visages de l’autre, aurait certainement rendu la comparaison plus laborieuse. Ici, les documents restent liés à l’histoire pour laquelle ils ont été produits. Le livre se consulte donc facilement lorsqu’on souhaite revenir sur une adaptation en particulier.

Cette approche demande toutefois de connaître un minimum les récits. Les présentations et les images en révèlent une partie, ce qui compte beaucoup chez un auteur qui prépare souvent une apparition ou une transformation avant de la montrer. Mieux vaut avoir découvert les histoires ailleurs avant de feuilleter leurs coulisses. Ce serait dommage de rencontrer certaines des images les plus marquantes dans un dossier explicatif plutôt qu’au moment choisi par le mangaka.

Du trait au mouvement

L’intérêt vient du rapprochement entre les planches du manga, les dessins préparatoires et les images de la série. Les recherches de personnages montrent comment leur apparence est adaptée pour l’animation. Les storyboards, ces découpages dessinés qui préparent les plans, permettent de regarder la mise en scène avant le résultat final. Pour quelqu’un qui connaît surtout les mangas, ces documents donnent des éléments concrets pour comprendre le travail de l’équipe de DEEN.

La comparaison fait aussi apparaître ce que l’adaptation perd en route. Chez Ito, les ombres et les nombreux traits participent directement au malaise. Une forme devient difficile à identifier parce que le dessin insiste sur sa matière, ses plis ou ses déformations. Une fois simplifiée pour l’animation, cette même forme peut sembler beaucoup plus ordinaire. Le problème dépasse donc la ressemblance entre deux visages : c’est parfois l’effet produit par l’image qui change.

Le livre gagne à laisser ces différences visibles. Les documents sont intéressants même lorsqu’ils ne donnent pas l’avantage à la série. Ils rappellent qu’une adaptation peut conserver un personnage, une situation et un cadrage sans retrouver toute la force de la page. C’est aussi ce qui distingue ce volume d’un simple recueil d’images promotionnelles : on dispose de plusieurs étapes pour regarder comment le résultat a été construit.

Le cas des Funérailles de l’enfer, un récit de six pages dans sa version manga, pose un autre problème. Adapter un texte aussi bref impose de réfléchir à son développement et à sa durée à l’écran. Cette question est plus intéressante qu’une simple vérification de fidélité. Ce qui paraît rapide sur le papier ne donne pas automatiquement une bonne séquence animée, et le livre a raison de s’arrêter sur cette difficulté.

Les images avant l’analyse

Les textes replacent les histoires dans leur contexte, mais restent souvent descriptifs. On aurait aimé davantage d’explications sur les décisions de mise en scène ou sur les compromis graphiques. La comparaison repose encore beaucoup sur le lecteur, alors que les documents donnent justement envie de comprendre pourquoi certaines solutions ont été retenues.

Les deux entretiens placés en fin d’ouvrage apportent un complément bienvenu. Junji Ito revient sur ses inspirations et sur son rapport à l’adaptation, tandis que Shinobu Tagashira aborde le travail autour de ses récits. Les deux points de vue se complètent : d’un côté, l’auteur des histoires ; de l’autre, la personne chargée de leur réalisation animée. L’entretien de Tagashira est toutefois plus court, alors que cette expérience de production aurait mérité davantage de place.

Ces échanges donnent un peu plus de consistance à un livre dominé par l’iconographie. Ils évitent surtout de laisser les dessins totalement séparés des intentions de leurs auteurs. On aurait simplement aimé retrouver plus souvent cette précision dans les parties consacrées aux différents récits, là où les documents permettent justement de discuter des choix effectués.

Un beau volume pour un public précis

Mangetsu soigne la présentation avec un grand format, une couverture rigide et du papier brillant. La qualité des reproductions est importante pour un ouvrage de ce type, puisqu’une partie de son intérêt repose sur la possibilité de distinguer les détails des dessins. Les pages donnent suffisamment de place aux documents pour qu’ils puissent être regardés pour eux-mêmes, au lieu de servir uniquement d’illustrations aux commentaires.

L’intérêt de l’achat dépend beaucoup de ce qu’on vient chercher. Pour découvrir les coulisses de l’anime ou comparer ses images aux mangas, le sujet est bien traité. Pour retrouver avant tout le dessin de Junji Ito dans toute sa richesse, un recueil consacré directement à ses illustrations sera plus approprié.

Le titre peut entretenir une ambiguïté sur ce point. Une part essentielle des documents vient du travail de l’équipe d’animation, même si tout part de l’œuvre du mangaka. Ce n’est pas un défaut, mais c’est une différence importante avant l’achat, notamment pour les lecteurs qui cherchent surtout des illustrations signées de sa main.

Conclusion :

Un beau complément à l’anime

The Art of Junji Ito Collection
8,5/10

The Art of Junji Ito Collection rassemble des documents intéressants dans une édition qui leur laisse de la place. Le classement par histoires, la comparaison avec les mangas et les deux entretiens donnent de bonnes raisons de s’y attarder. Même les limites de l’adaptation deviennent utiles lorsqu’elles permettent de mieux comprendre ce que le dessin original apporte aux récits.

Les textes restent cependant trop légers pour en faire une étude approfondie de l’adaptation. Le livre vaut surtout pour ses images et ses documents de production. Un beau complément à la série de 2018, plutôt qu’une première découverte de l’œuvre du mangaka.

Points positifs

  • Le rapprochement entre planches originales, dessins préparatoires et images de l’anime.
  • Un classement par histoire qui facilite la consultation et la comparaison.
  • Les entretiens complémentaires de Junji Ito et Shinobu Tagashira.
  • Une édition grand format et des reproductions soignées.

Points négatifs

  • Des commentaires qui décrivent davantage qu’ils n’analysent les choix d’adaptation.
  • L’entretien de Shinobu Tagashira aurait mérité plus de place.
  • Des présentations et des images qui dévoilent une partie des récits.