Le Panthéon – Tome 1

L’Enlèvement de Jacob

Dessin
Mika S.
Éditeur
Robinson Eds
Date de publication
16 septembre 2026
Nombre de pages
56

Paris en 1900, un homme enlevé et des aventurières lancées à sa recherche : Le Panthéon choisit une base simple pour ouvrir sa série. Thomas Rivière au scénario et Mika S. au dessin y ajoutent des machines extravagantes et une bonne dose de bagarre. Ce premier tome, L’Enlèvement de Jacob, paraît chez Robinson après un financement participatif. Les premières planches annoncent une aventure qui compte beaucoup sur le spectacle.

Les influences revendiquées donnent une bonne idée du projet. Thomas Rivière a notamment participé à l’arrivée de Lady Mechanika en France chez Glénat. On retrouve ici ce goût pour les héroïnes très apprêtées et les inventions mécaniques dans un décor ancien, auquel s’ajoute l’action de Danger Girl. Mika S., déjà auteur de Layla, donne à ce mélange une réalisation soignée. La ville attire l’œil, les engins ont de l’allure et les scènes mouvementées occupent généreusement les pages.

Reste à donner autant d’intérêt à l’enquête et aux femmes qui la mènent. Car entre les poursuites et les poses suggestives, Le Panthéon laisse assez peu de temps au développement de son histoire. Le dessin suffit-il à rendre ce premier tome convaincant ?

Louise prend les choses en main

Jacob Montsouris, un riche homme d’affaires, a été enlevé par une organisation secrète appelée le Panthéon. Son épouse, Louise, décide de le retrouver. Elle sollicite Jeanne Batignolles, une aventurière qui travaille dans l’agence fondée par Jacob. La journaliste Constance complète ensuite l’équipe. L’objectif est donc facile à comprendre, même si l’identité des ravisseurs et leurs raisons doivent alimenter le mystère.

Louise a le mérite de prendre l’initiative. Elle se présente chez Jeanne, rappelle que les biens de son époux sont aussi les siens et lui fait comprendre qu’elle compte bien utiliser ses services. La scène donne au personnage une autorité assez immédiate. Cette femme a de l’argent, connaît ses droits et ne vient pas demander timidement qu’on lui rende service. Face à elle, Jeanne affiche une décontraction qui crée un contraste plutôt efficace.

Ce rapport aurait pu rendre leur association intéressante au-delà de la mission. Louise commande parce qu’elle estime en avoir les moyens, mais Jeanne possède l’expérience de l’aventure. Il y a de quoi provoquer des désaccords et mettre à l’épreuve l’assurance de la première. Le tome exploite surtout ce décalage pour lancer le duo et lui donner quelques répliques. Les caractères sont esquissés, puis l’action prend rapidement le dessus.

Un Paris qui vaut le coup d’œil

Le dessin de Mika S. donne de bonnes raisons de s’arrêter sur les pages. Son Paris reste reconnaissable avec ses immeubles, ses rues pavées et la tour Eiffel, mais les dirigeables et les véhicules imaginaires le transforment en décor d’aventure. C’est le principe du steampunk : partir d’une esthétique ancienne pour inventer une technologie qui n’a jamais existé sous cette forme. L’album l’utilise avec suffisamment de détails pour que la ville ait davantage d’allure qu’un simple fond historique.

Les façades sont détaillées et les ateliers remplis d’outils donnent aux machines un environnement crédible. Les couleurs de Max Bayo apportent de la lumière aux grandes vues et accentuent les volumes. La découverte du véhicule dans le hangar est particulièrement réussie, notamment parce que le dessin prend le temps de montrer l’espace qui l’entoure. L’invention paraît appartenir à ce lieu, avec ses plans et son matériel, ce qui rend sa présentation plus convaincante.

L’ouverture, avec son dirigeable, annonce également une mise en scène généreuse qui ne manque pas tout au long de ce premier volume. Les grandes cases donnent de l’ampleur au danger et le mouvement se lit facilement. Le retour en arrière qui suit permet de repartir de la rencontre entre Louise et Jeanne sans perdre le lecteur. L’album sait donc introduire son aventure par les images. Ce savoir-faire rend d’autant plus regrettable la minceur de ce qu’il développe ensuite.

Le problème, c’est que Le Panthéon consacre beaucoup d’énergie à faire courir ses héroïnes et assez peu à rendre leur enquête intéressante. Les affrontements et les poursuites se succèdent, les mystères s’ajoutent, mais les personnages ont rarement l’occasion d’approfondir ce qu’ils découvrent ou même de prendre le temps d’y réfléchir de manière logique. Le rythme entretient une lecture rapide, mais donne surtout l’impression que le scénario veut passer à la scène d’action suivante avant d’avoir suffisamment exploité la précédente, comme s’il s’adressait avant tout à des lecteurs relativement jeunes ou prompts à s’ennuyer facilement plus que, par exemple, aux amateurs de Lady Mechanika.

Un enlèvement constitue pourtant un bon point de départ. Il engage une relation personnelle, pose une menace et oblige les enquêteuses à comprendre ce qu’on leur cache. Ici, le sort de Jacob sert surtout à justifier la mission. Le récit développe trop peu ce que cette disparition bouleverse chez Louise pour que l’urgence prenne une véritable dimension affective. Cette dernière n’est d’ailleurs jamais développée, au point que le lecteur finit même par se demander s’ils sont réellement en couple. Sa détermination est claire, mais le personnage reste plus convaincant lorsqu’il donne des ordres que lorsqu’il s’agit de nous faire partager son inquiétude.

Les dialogues n’aident pas non plus. Ils exposent les situations avec peu de nuances et cherchent des répliques efficaces sans rendre les échanges très naturels. Certaines transitions vers l’action manquent de préparation, tandis que des facilités permettent de relancer l’aventure un peu trop commodément. À force, les obstacles paraissent davantage organisés pour produire du mouvement que pour obliger les héroïnes à faire des choix difficiles.

On peut apprécier une histoire légère et très classique. Encore faut-il que sa progression donne de la satisfaction. Ce premier tome pose son équipe et ses adversaires, mais reste pauvre dans le développement de son intrigue. Réserver des réponses à la suite est normal pour une série ; laisser si peu de place à la construction de l’enquête l’est beaucoup moins. Les 56 pages permettent de découvrir un univers séduisant sans donner autant de consistance au récit qui doit nous y retenir.

Des héroïnes surtout priées de séduire

Le traitement des personnages féminins accentue ce déséquilibre. Dès la rencontre dans l’agence, les décolletés, les tailles très serrées, les corps dénudés et les postures aguicheuses soulignent les corps féminins avec insistance. La préparation de la mission s’attarde ensuite sur une sortie en serviette et sur l’habillage. La poitrine occupe même une case resserrée pendant qu’il est question des recherches. Le choix de ce qui est montré compte : l’inquiétude liée à la disparition passe après la présentation suggestive des héroïnes.

Une aventure peut parfaitement être sexy et bien écrite. Ici, l’hypersexualisation devient gênante par son insistance et par le peu de développement accordé en parallèle aux personnages. Leurs vêtements et leurs poses font l’objet d’une attention que leurs émotions ne reçoivent pas avec la même précision. On les identifie facilement, mais on apprend finalement assez peu à les connaître. La distinction entre une silhouette réussie et un personnage intéressant se fait sentir très vite, au point d’en devenir ici caricatural.

Cette priorité concerne aussi le scénario de Thomas Rivière. L’ordre de « changer de culotte » donné à Jeanne, accompagné d’une invitation à se refaire une beauté avant le départ, prolonge cette manière de présenter les femmes. L’effet se veut léger et autoritaire. Il insiste surtout sur leur apparence à un moment où la recherche de Jacob devrait avoir davantage d’importance. La scène d’habillage qui suit lui donne encore plus de place.

Le dessin sait pourtant exprimer l’assurance de Louise et la nonchalance de Jeanne. Il existe donc autre chose que les poses dans leur présentation. Mais ces différences méritaient d’être nourries par leurs décisions et leurs rapports, au lieu de rester aussi dépendantes d’attitudes immédiatement reconnaissables. La bourgeoise, l’aventurière et la journaliste offrent trois façons d’aborder une enquête. L’album s’intéresse trop peu à ce que cette association pourrait produire au-delà d’un trio visuellement attirant.

Le Panthéon tient cependant une partie de sa promesse. Les amateurs de beaux décors et d’action sans longue exposition trouveront une bande dessinée agréable à parcourir. La lecture avance facilement et le soin apporté aux engins comme à la ville justifie qu’on revienne regarder certains dessins. Le contraste est assez net : les images invitent à s’attarder sur leurs détails, alors que l’histoire se lit sans offrir autant de matière.

Mais le récit profite mal de cette réalisation. La répétition des effets de séduction occupe une place disproportionnée face à la pauvreté du développement de l’intrigue. Les deux reproches se renforcent : plus l’histoire reste sommaire, plus cette insistance sur les héroïnes saute aux yeux. Quelques scènes consacrées à leurs divergences, à leurs hésitations ou aux conséquences de leurs découvertes auraient donné davantage de poids à l’ensemble. En l’état, le spectacle divertit sans rendre l’aventure particulièrement attachante.

Conclusion :

Un beau dessin ne fait pas toute l’aventure

Le Panthéon – Tome 1
6/10

Le Panthéon propose un Paris steampunk réussi, des machines plaisantes à découvrir et une action mise en scène avec énergie. Mika S. donne au premier tome une présence visuelle solide, soutenue par des couleurs lumineuses. Le point de départ est accessible et Louise dispose d’assez de caractère pour lancer la recherche de son mari sans attendre que les autres décident à sa place.

L’écriture reste toutefois trop sommaire pour accompagner ces qualités. L’enquête manque de développement, les dialogues convainquent inégalement et les personnages féminins sont trop souvent mis en valeur par leur physique avant de l’être par leur personnalité. Cette hypersexualisation insistante finit par souligner tout ce que le scénario laisse de côté. Un divertissement graphiquement réussi, mais trop superficiel pour devenir une vraie bonne surprise.

Points positifs

  • Un Paris steampunk détaillé et immédiatement reconnaissable.
  • Des machines et des véhicules dessinés avec soin.
  • Une action lisible, portée par des grandes cases spectaculaires.
  • Les couleurs lumineuses de Max Bayo.
  • L’autorité de Louise, une bonne base pour le personnage

Points négatifs

  • Une intrigue trop peu développée derrière l’enchaînement des poursuites.
  • L’hypersexualisation insistante des héroïnes, jusque dans la préparation de l’enquête.
  • Des personnages féminins plus travaillés dans leur apparence que dans leur personnalité.
  • Des dialogues peu naturels et des transitions vers l’action parfois précipitées.
  • Des facilités de scénario qui affaiblissent la progression de l’enquête.