Jaadugar : A Witch in Mongolia
Le savoir comme arme, la douceur comme piège
- Studio
- Science SARU
- Épisodes
- 12
- Date de sortie
- 4 juillet 2026
- Type
- Animation
Le titre promet une sorcière, mais les deux premiers épisodes partent d’un endroit beaucoup plus concret : une enfant vendue comme esclave, une maison d’érudits, des livres, des calculs, une prière répétée, puis l’arrivée d’une armée qui raye tout cela d’un seul mouvement. Jaadugar – A Witch in Mongolia ne pose pas sa magie dans le surnaturel. Il la place dans le savoir, et surtout dans ce que le savoir peut encore donner à quelqu’un à qui l’on a déjà presque tout pris.
Adapté du manga de Tomato Soup et produit par Science SARU, l’anime suit Sitara, recueillie à Tus par Fatima après la perte de sa mère. La jeune fille résiste d’abord à l’éducation qu’on veut lui donner. Puis Mohammed, le fils de Fatima, lui fait comprendre que lire, compter et réfléchir peuvent devenir autre chose qu’un luxe réservé aux autres. Pendant un temps, la série laisse donc Sitara vivre une routine fragile : travailler, apprendre, espérer une lettre, attendre que le monde reste à sa place.
Il ne reste évidemment pas en place. L’Empire mongol avance, Tolui arrive jusqu’à la ville, Fatima tombe, et Sitara finit prisonnière avec pour seule arme ce qu’elle a appris dans la maison qu’elle vient de perdre. Toute la promesse est là : est-ce que Jaadugar: A Witch in Mongolia peut tenir ensemble la beauté d’une fable, la brutalité de l’Histoire et la trajectoire d’une femme qui devra utiliser l’intelligence comme une lame ?
Sitara avant la vengeance
La première bonne idée de l’anime est de ne pas ouvrir directement sur la grande figure historique ou sur la cour mongole. Il commence plus bas, plus près du sol, avec Sitara. Elle n’est pas encore Fatima Khatun, elle n’est pas encore une menace politique, elle n’est même pas encore convaincue par ce qu’on lui enseigne. C’est une enfant perdue, butée, méfiante, qui découvre une nouvelle maison sans savoir si elle doit la refuser ou s’y accrocher.
Cette partie domestique donne de la matière à l’épisode 1. La vaisselle, la prière, les leçons, les échanges avec Mohammed, tout cela installe une paix assez simple, presque fragile par nature. On comprend pourquoi Sitara finit par tenir à cet endroit. Fatima ne lui donne pas seulement un toit, mais une forme de dignité, même dans une situation qui reste profondément injuste puisque Sitara demeure une esclave.
Le souci, c’est que l’épisode appuie trop fort sur sa thèse. Le savoir est important, le savoir libère, le savoir ouvre une route : l’idée est belle, mais elle revient avec une netteté qui frôle parfois la leçon. Jaadugar : A Witch in Mongolia est plus touchant quand il laisse Sitara apprendre par un geste ou une scène ordinaire que lorsqu’il verbalise trop clairement ce que le spectateur doit retenir.
Une beauté trop protectrice
Visuellement, Science SARU fait un choix très lisible. Les décors ont une douceur de conte, les couleurs enveloppent les scènes, les corps restent souples, les musiques posent une mélancolie discrète. Il y a quelque chose de très agréable dans cette manière de faire exister Tus comme un monde déjà perdu, un endroit que l’on regarde avec la tendresse de ce qui va disparaître.
Mais cette beauté protège parfois trop l’anime. Le XIIIe siècle de Jaadugar: A Witch in Mongolia parle d’esclavage, de conquête, de deuil, de femmes instruites dans un monde qui peut se méfier d’elles, puis d’un empire capable d’absorber des vies entières. Or l’épisode 1 garde souvent une rondeur presque rassurante. Les personnages ont des formes très douces, les expressions restent contenues, les scènes les plus dures sont préparées dans un écrin qui amortit le choc.
Même les mains, trop grandes, finissent par attirer l’œil. La série repose beaucoup sur les gestes : tenir un livre, laver, écrire, recevoir un objet, retenir quelqu’un. Quand ces mains deviennent trop présentes, elles sortent un peu de la scène. Ce n’est pas un défaut catastrophique, mais c’est le genre de choix graphique qui rappelle que Jaadugar cherche encore son équilibre entre fable et violence.
Quand l’Histoire cesse d’être un décor
Le deuxième épisode est nettement plus fort parce qu’il cesse de seulement annoncer la catastrophe. L’armée de Tolui entre dans la vie de Sitara, et la série trouve enfin la cruauté qui manquait à son ouverture. La maison de Fatima n’est plus un refuge. Le savoir n’est plus une belle promesse. Tout devient perte, fuite, capture, et Sitara comprend que le monde ne lui laissera aucun délai pour grandir proprement.
La mort de Fatima change le poids de l’anime. Jusque-là, elle pouvait encore représenter la bonté savante, la transmission, la mère de substitution. Sa disparition arrache cette protection et transforme Sitara en survivante. La scène fonctionne parce qu’elle relie la violence mongole à quelque chose de très intime : Sitara ne perd pas seulement une ville ou une maison, mais aussi et surtout une deuxième mère.
C’est là que Jaadugar: A Witch in Mongolia devient vraiment intéressant. La cruauté n’est plus décorative. Elle donne une direction à Sitara. Elle explique pourquoi le savoir peut devenir une arme, pas dans un sens abstrait, mais parce qu’il reste le seul outil que les Mongols ne peuvent pas lui enlever immédiatement. L’anime trouve alors une tension beaucoup plus forte : regarder une enfant décider de vivre assez longtemps pour frapper autrement.
Fatima Khatun dans l’ombre
Derrière Sitara se dessine Fatima Khatun, figure historique persane capturée pendant les conquêtes mongoles, puis liée à Töregene Khatun au cœur de l’Empire. L’anime ne fait pas une reconstitution froide. Il prend des libertés, il condense, il déplace, mais il touche à quelque chose de puissant : l’idée qu’une femme arrachée à son monde puisse remonter jusqu’aux cercles du pouvoir par la connaissance, la stratégie et la lecture des rapports de force.
C’est ce lien qui donne au titre sa vraie force. La sorcellerie n’a pas besoin d’être magique. Dans ce contexte, traiter une femme de sorcière peut devenir une arme politique, une manière de rendre suspecte une intelligence trop proche du pouvoir. Fatima Khatun devient alors moins une curiosité historique qu’un révélateur : quand une femme dominée comprend trop bien les règles du jeu, le monde autour d’elle cherche vite à l’appeler autrement.
Pour l’instant, l’anime n’a fait qu’ouvrir cette piste. Töregene apparaît encore comme une promesse plus que comme un vrai contrepoint à Sitara. Mais cette direction suffit à donner envie de voir la suite. Si Jaadugar: A Witch in Mongolia assume pleinement cette dimension politique, il peut devenir bien plus qu’un joli drame historique sur une enfant blessée.
Un départ fort, mais pas encore tranchant
Ces deux épisodes donnent donc une impression double. D’un côté, le sujet est rare, l’héroïne est immédiatement attachante, le contexte historique donne une vraie densité, et le deuxième épisode prouve que la série peut devenir dure quand elle accepte de quitter le confort de la fable. De l’autre, l’ouverture reste trop appliquée, trop douce, parfois trop consciente de ce qu’elle veut transmettre.
Le rythme illustre bien ce tiraillement. L’épisode 1 prend son temps pour construire l’attachement, mais il paraît presque trop propre. L’épisode 2 gagne en force dès que tout s’effondre, mais il donne aussi le sentiment que la série commence vraiment au moment où Sitara perd Fatima. Ce n’est pas forcément un mauvais choix, mais cela rend le lancement inégal.
Reste une base solide. Pas parce que tout serait déjà parfaitement maîtrisé, mais parce que Jaadugar: A Witch in Mongolia possède une vraie matière : une héroïne qui change de nom, un savoir qui devient stratégie, une histoire de conquête vue depuis ceux qu’elle broie, et une cour mongole qui promet déjà d’autres formes de violence. Maintenant, il faut que l’anime cesse de protéger son sujet.
Une sorcière encore trop tenue
Jaadugar: A Witch in Mongolia démarre avec une matière passionnante. Sitara fonctionne, Fatima marque vite, le rapport au savoir donne une identité forte à la série, et le deuxième épisode apporte enfin la cruauté nécessaire pour que l’histoire prenne du poids. Quand l’anime laisse l’Histoire broyer son cocon de départ, il trouve quelque chose de vraiment prenant.
Mais ce lancement reste trop doux pour la violence qu’il manipule. La direction artistique est belle, parfois très belle, mais elle amortit trop les coups. L’écriture explique parfois son thème au lieu de le laisser respirer, et certains raccourcis pédagogiques rendent le savoir trop propre, trop immédiatement utile. Il y a assez d’ambition pour continuer, mais Jaadugar devra vite devenir plus tranchant s’il veut être à la hauteur de Fatima Khatun.
Points positifs
- Sitara est une héroïne solide, touchante sans être réduite à sa douleur.
- Le deuxième épisode donne enfin une vraie violence au récit.
- Le lien avec Fatima Khatun apporte une dimension historique et politique forte.
- La musique et la direction artistique installent une identité claire.
- Le thème du savoir comme outil de survie fonctionne très bien.
Points negatifs
- L’épisode 1 reste trop doux par rapport au contexte.
- Certaines scènes expliquent trop clairement la leçon sur le savoir.
- Les mains trop grandes attirent parfois l’attention.
- Le raccourci autour d’Euclide simplifie beaucoup les savoirs scientifiques.
- La série doit encore assumer pleinement la dureté de son sujet.
