Amanda the Adventurer 3

La cassette qui veut vraiment tout expliquer

Date de sortie
28 mai 2026
Support
Xbox
Développeur
MANGLEDmaw Games
Éditeur
DreadXP

Amanda the Adventurer 3 arrive sur Xbox comme la dernière cassette à insérer dans le magnétoscope : celle qui est censée tout boucler, répondre aux questions laissées en suspens, et refermer proprement la trilogie d’analog horror démarrée en 2023.

On y retrouve Riley Park, directement après la fuite de la bibliothèque de Kensdale, cette fois coincé dans les entrailles de Hameln Entertainment, l’entreprise qui se cache derrière les cassettes d’Amanda et les disparitions qui hantent la série depuis le début. Le résultat ne révolutionne rien, mais affine presque tout : puzzles plus solides, boucle VHS/environnement mieux exploitée, ambiance plus oppressante… au prix d’une partie du mystère et d’une fin qui ne fera pas l’unanimité.

La cassette qui doit tout boucler

Ce troisième épisode ne prend aucun détour : après un flashback dans le labo de Hameln, Amanda the Adventurer 3 reprend exactement là où le 2 s’arrêtait, avec Riley qui plonge dans le complexe abandonné de la société pour comprendre enfin ce qui est arrivé à Rebecca Colton, l’actrice derrière Amanda. On laisse derrière soi le grenier, la maison et la bibliothèque ; cette fois, tout se passe dans l’installation qui a produit le show et tordu la réalité autour de ses cassettes. C’est un choix logique pour un final : le jeu place le joueur au cœur de la machine plutôt qu’à la périphérie, et assume que l’on arrive ici avec deux épisodes dans les pattes.

Le dispositif reste celui qui a fait la force de la série : une télé, des VHS d’un dessin animé 90s en images de synthèse, et des épisodes qui débordent sur le décor sous forme d’indices, de codes et de réactions étranges d’Amanda et de Wooly. On regarde, on met en pause, on fouille le labo, on revient à l’écran, on rejoue des passages, jusqu’à provoquer un nouveau glitch, un changement de décor ou l’apparition d’une cassette suivante. La grande différence, c’est qu’ici, la fiction se rapproche beaucoup plus de la source du traumatisme : Amanda commence à regarder derrière elle, la frontière entre le cartoon et le labo s’effrite, et l’on touche enfin aux fondations du projet Hameln et au sort de Rebecca.

Sur le plan purement narratif, ce troisième opus assume son rôle de conclusion. Il revient sur les figures clés (Riley, Amanda, Wooly, Rebecca, Hameln, Kate, Shepherd), donne un contexte plus précis aux cassettes, et offre plusieurs séquences live-action qui replacent Rebecca et son père Sam dans le cadre de l’émission d’origine. L’ensemble donne le sentiment d’un puzzle qui se referme enfin, même si certains pans restent volontairement flous, notamment autour de ce qui dépasse encore Amanda, et de ce que les rituels de Hameln ont réellement enclenché. On sent la volonté de ne pas tuer tout le mystère, mais la balance est fragile : le jeu répond à beaucoup de questions, et laisse quand même un arrière-goût un peu frustrant sur son dernier virage.

Un escape room VHS mieux vissé, mais pas toujours limpide

Là où Amanda the Adventurer 3 progresse clairement, c’est dans la qualité de ses puzzles. Le premier épisode avait cette compacité très efficace, le second s’était perdu dans quelques énigmes plus laborieuses ; ce troisième volet revient à une structure plus tendue tout en profitant de l’expérience accumulée. Les énigmes exploitent mieux la logique regarder la cassette / repérer le détail / agir dans le décor, avec des puzzles qui utilisent simultanément l’écran, le son, l’ordre des scènes ou des éléments cachés dans le décor du dessin animé. On a régulièrement ce petit déclic agréable où un détail apparemment anodin (un placement de personnage, une séquence de couleurs, un objet en arrière-plan) devient la clé d’une manipulation dans le labo.

Le revers, c’est que le jeu reste trop rigide sur le timing. Certaines énigmes demandent d’interagir avec la cassette à un moment très précis, ou d’utiliser l’avance/retour comme un scalpel ; rater ce point de bascule signifie souvent revoir tout l’épisode, ou tourner en rond dans le décor en se demandant ce qui cloche. Le système essaie de signaler les moments importants (arrêt automatique, bouton pause qui clignote), mais cette signalisation n’est pas toujours cohérente, ce qui engendre quelques passages inutilement confus. Quand on ajoute à cela des segments non skippables pour certains passages et vidéos, les retours en arrière peuvent vite devenir pénibles lorsque l’on cherche un secret ou que l’on a simplement compris trop tard ce que le jeu attendait.

Malgré ces accrocs, la sensation globale reste celle d’un escape room bien tenu. Les énigmes les plus réussies sont celles qui mélangent plusieurs strates et donnent au joueur l’impression de remonter un système plutôt que de résoudre des puzzles isolés. Le jeu assume aussi davantage l’idée que Riley n’est plus un simple spectateur terrifié : après deux épisodes, on joue quelqu’un qui comprend mieux les règles, qui sait que les tapes peuvent être manipulées, et que le décor répond à ces manipulations. C’est ce sentiment de montée en compétence qui permet au gameplay de tenir sur la durée, même lorsque le scénario montre un peu plus ses coutures.

Horreur plus frontale, mystère un peu émoussé

Visuellement et tonalement, Amanda the Adventurer 3 garde le même ADN : environnements modestes, couloirs et salles de labo plutôt sobres, segments live-action légèrement cheap, et un dessin animé 3D volontairement daté qui fait tout le sel de l’entreprise. Ce n’est pas un jeu joli au sens technique, et ce n’est clairement pas une vitrine pour la Xbox Series, mais cette laideur maîtrisée reste en accord avec l’esthétique analog horror sur laquelle la trilogie a construit sa personnalité. Le troisième volet penche toutefois vers quelque chose de plus sombre et explicite, avec un labo plus oppressant, un bestiaire plus clairement monstrueux et une imagerie qui assume davantage le côté rituel et viscéral de l’affaire.

En contrepartie, le jeu perd une partie du flottement étrange qui faisait le charme du premier épisode. Plus on avance, plus on comprend les règles, l’origine des entités, le rôle de Hameln, et moins Amanda semble insaisissable. Ce n’est pas un défaut absolu car une conclusion doit bien finir par poser des réponses ; mais la série troque une part de son mystère pour une horreur plus classique, plus frontalement anxiogène que véritablement incompréhensible. Les moments les plus forts restent ceux où le jeu retrouve cette ambiguïté, notamment quand Amanda alterne entre persona de mascotte et brèves échappées où elle semble parler directement à Riley, ou lorsque Wooly vrille d’allié gêné en présence menaçante.

Reste la question du final. Sur ce point, Amanda the Adventurer 3 divise : le chemin qui mène à la vérité de Rebecca et du Colton Anomaly est plutôt bien construit, et le jeu donne enfin la satisfaction de voir le décor se fissurer complètement. Mais la résolution laisse quelques nœuds à moitié défaits, avec une dernière ligne droite qui va plus vite qu’elle ne le devrait et un au revoir à Amanda et à Riley qui manque un peu d’ampleur au regard de tout ce que la série a posé. Le sentiment qui reste est celui d’une conclusion solide, cohérente avec ce qu’elle raconte, mais pas tout à fait à la hauteur de l’attente générée par deux ans de théories et d’ARG autour de ce foutu dessin animé.

Une version Xbox très directe

Sur Xbox Series X|S, Amanda the Adventurer 3 arrive après une première sortie PC en novembre 2025, avec un portage qui prend zéro risque : même contenu, même structure, même durée relativement compacte, mais avec le confort de la manette et de la TV. Le jeu est vendu autour de 8-10 euros en dématérialisé, ce qui reste cohérent avec son statut de production indépendante courte mais dense. Le moteur et la direction artistique sont modestes, avec des environnements assez simples et un nombre limité de personnages et d’assets, ce qui fait que la Xbox n’a pas grand-chose à forcer : le framerate tient sans sourciller, les temps de chargement restent discrets, et l’ensemble ne souffre pas de problèmes techniques.

La prise en main à la manette fonctionne bien, même si l’on reste dans un jeu d’exploration/puzzle en vue à la première personne plus lent que nerveux. Les cassettes se manipulent sans difficulté, les interactions restent limitées à quelques boutons, et la lisibilité des environnements est suffisamment claire pour que l’on ne se perde pas dans le flou habituel de certains ports PC mal adaptés. On regrettera surtout l’absence de travail spécifique pour la plateforme : pas de fonctionnalités Xbox particulières à signaler, pas d’effort notable sur les vibrations ou l’interface, et une localisation qui reste essentiellement textuelle, avec des voix uniquement en anglais mais des sous-titres disponibles en français et dans un grand nombre d’autres langues. C’est propre, fonctionnel, mais très copier-coller de la version PC, ce qui ne surprendra personne à ce niveau de budget.

Conclusion :

Une dernière cassette solide, plus aboutie que brillante

Amanda the Adventurer 3
8/10

Amanda the Adventurer 3 réussit sa mission principale : boucler une trilogie d’horreur indépendante qui avait démarré comme un petit prototype et finit en enquête complète sur une émission maudite, une actrice sacrifiée et une entreprise bien décidée à tordre le réel pour alimenter ses cassettes. Le jeu resserre ses puzzles, exploite mieux la mécanique des VHS qui contaminent l’environnement, et offre enfin un face-à-face prolongé avec Hameln et Rebecca qui donne au joueur le sentiment de toucher le cœur de la machine.

En échange, le final laisse filer une partie du mystère et s’autorise quelques maladresses : progression parfois floue, répétitions imposées par des timings trop stricts, scènes non skippables, et une conclusion plus correcte que réellement mémorable. Sur Xbox Series, on a donc un portage sans fioritures d’un très bon dernier chapitre : pas la claque de la première découverte, pas le ratage d’une suite qui s’éparpillerait, mais un puzzle horror maîtrisé, inquiet juste ce qu’il faut, et suffisamment bien construit pour mériter qu’on remette la cassette une dernière fois.

Points positifs

  • Une vraie conclusion : on entre enfin au cœur de Hameln et du mystère Rebecca Colton, avec un sentiment de fermeture rare pour une trilogie d’horreur indé.
  • Des puzzles globalement plus solides, qui reviennent à la compacité du premier jeu tout en profitant de l’expérience accumulée.
  • La mécanique VHS/environnement toujours aussi efficace, avec des allers-retours intelligents entre dessin animé et labo.
  • Une ambiance plus oppressante, qui assume davantage le côté rituel et cauchemardesque de l’histoire sans perdre l’esthétique analog horror.
  • Un prix modeste et un portage Xbox propre, qui rendent le jeu très accessible pour boucler la trilogie sur console.

Points negatifs

  • Progression parfois brouillée par des puzzles trop dépendants d’un timing précis sur les cassettes, obligeant à revoir des scènes entières.
  • Segments non skippables et retours en arrière qui rendent la chasse aux secrets plus pénible que nécessaire.
  • Un final qui répond à beaucoup de questions, mais manque un peu d’ampleur et laisse certaines zones d’ombre plus frustrantes que fascinantes.
  • Portage Xbox très fonctionnel mais sans aucun travail spécifique sur la plateforme, ni ajout notable au-delà de l’adaptation.