Shiba Inu Rooms – Tome 2
Un fantôme à quatre pattes pour recoudre un cœur brisé
- Scénario
- Esu Oomori
- Dessin
- Esu Oomori
- Traduction
- Arnaud Delage
- Éditeur
- Doki-Doki
- Date de publication
- 3 juin 2026
- Nombre de pages
- 200
Publié chez Doki-Doki le 3 juin 2026, le tome 2 de Shiba Inu Rooms reprend exactement là où s’arrêtait le premier, avec une Kôri désormais un peu plus habituée à cohabiter avec Muu, l’esprit shiba attaché à l’appartement 202 de la résidence Shiba. Le point de départ ne change pas : une lycéenne qui panse ses plaies dans un nouveau logement, un fantôme canin qui refuse de se comporter comme un simple compagnon de route, et un petit quotidien hanté qui oscille entre comédie et reconstruction émotionnelle.
Ce deuxième volume a donc une question à régler : que faire quand la rencontre est déjà derrière nous, que la cohabitation est lancée, et qu’il ne suffit plus d’opposer une adolescente traumatisée à un shiba de mauvaise foi pour tenir tout un livre ? Ce tome 2 choisit de pousser un peu plus loin la vie quotidienne, d’ouvrir le cadre au nouveau lycée, et de multiplier les petites situations autour de Muu, quitte à rester assez strict dans sa structure.
Un quotidien qui déborde enfin de la chambre 202
La grande différence avec le premier tome, c’est que Kôri n’est plus en phase de survie pure. Elle commence à s’habituer à la présence de Muu, aux règles étranges de l’appartement, à cette idée qu’un fantôme à quatre pattes peut faire partie intégrante de son refuge. Le manga s’autorise donc logiquement à se déplacer : le nouveau lycée entre en scène, la journée se passe dehors, et le retour chez soi prend d’autant plus de poids que Muu est censé garder l’appartement pendant l’absence de Kôri.
Ce volume joue ainsi beaucoup sur la bascule entre extérieur et intérieur. D’un côté, la première journée dans le nouvel établissement, les codes à apprivoiser, la timidité de Kôri qui ne disparaît évidemment pas par magie ; de l’autre, l’appartement 202 où Muu attend, prêt à transformer chaque retour à la maison en petit incident imprévu. L’idée est simple, mais efficace : la résidence reste le cœur du manga, mais elle n’est plus son seul horizon. Le tome 2 s’en sert pour montrer à quel point cet endroit est devenu un repère, presque une base de repli, et comment Muu, avec ses surprises et son ingénuité, participe à cette impression de rentrer quelque part plutôt que de simplement rentrer chez soi.
Les chapitres (aider Muu à se faire des copains, lui donner un bain parce qu’il est couvert de ketchup, gérer sa façon très personnelle de garder l’appartement ) se laissent suivre justement parce qu’ils restent à hauteur d’anecdotes, mais ne se contentent pas d’empiler des gags. Chaque situation vient gratter une facette différente de la relation : la responsabilité que Kôri a vis-à-vis de ce shiba qui ne comprend pas toujours le monde humain, la tendresse qui affleure derrière sa peur initiale des chiens, et cette complicité silencieuse qui se construit à force de gérer les catastrophes du quotidien. Le volume ne cherche pas l’escalade dramatique, il préfère consolider ce lien en le mettant à l’épreuve dans de petits riens.
Un tome plus ouvert
Graphiquement, Esu Oomori reste dans la continuité du premier volume : trait souple, très lisible, expressivité marquée de Muu, et une Kôri dont la gêne et les micro-réactions passent autant par la posture que par les expressions faciales. Ce tome 2 mise encore davantage sur le contraste entre l’hyper-présence du shiba, toujours dans le cadre, toujours en mouvement, souvent au centre de la page ; et la retenue de son humaine, qui occupe l’espace de manière plus discrète. Ce décalage renforce l’idée que Muu agit comme une force qui remplit les pièces à la place de Kôri quand elle n’y arrive pas encore.
La mise en scène sert bien cette approche : les séquences gags laissent la place à des pages entières où l’on sent davantage le rythme du quotidien, les allers-retours, les petits temps morts où Kôri, lessivée par la journée, se laisse rattraper par la présence rassurante de Muu. On reste néanmoins sur une structure qui enchaîne les situations mignonnes avec sérieux, mais sans toujours oser forcer le trait. Le tome 2 a le mérite de ne jamais trahir ce que le premier volume posait en termes de ton et de sensibilité ; en revanche, il reste parfois trop prudent, comme s’il hésitait à entamer vraiment la seconde couche du récit, celle où le passé de Kôri, ses blessures et son rapport au monde extérieur viendraient frontalement bousculer la colocation.
On sent pourtant des bribes de cette profondeur : le contraste entre le lycée et l’appartement, les efforts de Kôri pour maintenir un semblant de normalité tout en cohabitant avec un esprit canin incontrôlable, et ces scènes où le sourire lui revient simplement parce que Muu fait une bêtise de plus. Le volume tient donc bien, mais laisse encore la sensation d’un manga qui installe son nid plutôt que de déplier tout ce qu’il a sous la patte.
Une douceur qui s’installe, mais garde encore une marge sous la laisse
Shiba Inu Rooms tome 2 consolide très bien ce que le premier tome avait amorcé. La cohabitation entre Kôri et Muu n’est plus une curiosité, c’est un vrai quotidien, pris entre les nouvelles obligations du lycée et les imprévus permanents d’un fantôme shiba incapable de rester tranquille. Le volume trouve sa force dans cette routine, dans ces retours à l’appartement qui deviennent des respirations, et dans la façon dont chaque micro-incident dit quelque chose du lien qui se tisse entre les deux.
On reste cependant sur un tome encore très lent, qui préfère raffermir l’ambiance et la relation plutôt que d’entamer des ruptures plus franches. La tendresse est là, la lecture est fluide, le duo fonctionne toujours, mais Shiba Inu Rooms donne encore l’impression de garder quelques cartes en réserve pour la suite.
Points positifs
- La dynamique “lycée dehors / refuge hanté dedans” donne enfin une vraie respiration entre l’appartement et le monde extérieur.
- Kôri est clairement plus affirmée : on sent mieux le contraste entre sa réserve au lycée et le relâchement progressif quand elle retrouve Muu.
- Muu reste un concentré d’expressivité, avec des situations (copains, bain au ketchup…) qui font mieux que recycler le tome 1.
- Le trait d’Esu Oomori garde sa souplesse et sa lisibilité, avec des pages qui laissent respirer les petits moments du quotidien.
Points negatifs
- Le tome reste très classique dans sa structure : beaucoup d’anecdotes réussies, mais encore peu d’avancées franches sur le passé et les blessures de Kôri.
- Certains chapitres donnent l’impression de tourner autour de la même idée “Muu fait une bêtise mignonne”, sans toujours trouver un enjeu émotionnel supplémentaire.
- La résidence et les autres occupants restent en arrière-plan, là où le cadre pourrait déjà porter des interactions plus marquantes.

