Nine Sols
Le parry comme prière
- Date de sortie
- 26 novembre 2024
- Support
- Nintendo Switch
- Développeur
- Red Candle Games
- Éditeur
- Red Candle Games
- Genre
- Metroidvania
- Langue
- Français 🇫🇷
Nine Sols arrive sur Switch dans l’édition physique qu’il méritait enfin. Déjà disponible depuis novembre 2024 en format dématérialisé, le titre de Red Candle Games, que l’on connaissait surtout pour Detention et Devotion, quitte l’horreur psychologique sans vraiment quitter le malaise. Le décor change, le geste aussi, mais le studio garde cette manière très particulière de faire sentir qu’un monde magnifique peut cacher quelque chose de malade.
Ici, le joueur incarne Yi, un Solarian réveillé dans New Kunlun, cité suspendue entre mythe taoïste, ruines technologiques et vengeance ancienne. Plus qu’un metroidvania difficile, Nine Sols a un monde, et ce monde a des cicatrices.
Sa vraie force vient du combat. Le jeu ne demande pas seulement de frapper, mais d’écouter. D’attendre le bon instant. De transformer l’attaque adverse en ouverture. Le parry n’est pas un bonus de joueur habile, mais le coeur de l’expérience. On ne traverse pas Nine Sols en forçant les portes. On apprend à respirer au rythme de ses ennemis.
Le résultat est exigeant, brutal, rarement gratuit. Reste à savoir si cette précision tient encore sur Switch, et si la beauté de New Kunlun suffit à faire accepter un jeu qui ne cherche jamais vraiment à rendre la main au joueur.
Un monde qui saigne sous le vernis
Nine Sols marque d’abord par son univers. Le mot taopunk décrit assez bien ce mélange étrange entre philosophie orientale, science-fiction organique, iconographie religieuse et violence chirurgicale. New Kunlun a quelque chose de sacré et de pourri à la fois. On y croise des temples, des machines, des corps, des souvenirs, des dieux qui ressemblent surtout à des survivants.
Le récit avance avec une vraie densité. Yi n’est pas un héros aimable que le jeu cherche à rendre sympathique. Il porte une rage, une culpabilité, une histoire qui se dévoile par morceaux. Les Sols qu’il doit affronter ne sont pas seulement des boss posés au bout d’une zone, ils incarnent chacun une manière de prolonger une civilisation qui aurait peut-être dû accepter sa fin.
C’est là que Red Candle Games retrouve son terrain. Le studio sait raconter la décomposition d’un monde sans tout expliquer frontalement. Les dialogues, les archives, les décors et les rencontres secondaires construisent un récit plus sombre qu’il n’en a l’air. Le jeu peut être très beau, presque lumineux dans certaines zones, mais il garde toujours un fond d’inconfort.
Cette richesse a aussi son revers. Nine Sols parle beaucoup. Certaines séquences coupent longtemps le rythme, surtout dans un jeu qui fonde autant de choses sur la tension du geste. Ce n’est pas un défaut majeur, parce que l’écriture tient. Mais ceux qui viendraient uniquement chercher une aventure d’action sèche devront accepter que le jeu impose aussi ses silences, ses textes, ses détours.
Le sabre ne pardonne pas
Le combat de Nine Sols repose sur une idée simple à comprendre et difficile à maîtriser : encaisser au bon moment pour mieux rendre. L’esquive existe, l’attaque aussi, les talismans ajoutent leur couche de risque et de récompense, mais tout revient au parry. Quand il fonctionne, le jeu devient presque musical. Une frappe arrive, Yi répond, l’ennemi s’ouvre, le talisman se pose, l’explosion tranche le duel.
Les meilleurs combats donnent cette impression rare d’avoir réellement appris une langue. Chaque boss a son accent, sa ponctuation, ses pièges. Il faut lire les animations, reconnaître les attaques rouges, choisir quand rester au contact et quand laisser respirer l’arène. Nine Sols est dur, mais sa difficulté a du sens. Il ne punit pas pour remplir une réputation. Il punit parce que son système ne fonctionne que si le joueur accepte sa discipline.
Cette précision rend les victoires particulièrement fortes. Un boss qui semblait impossible devient lisible. Une séquence qui paraissait injuste finit par se résoudre en trois gestes propres. Le jeu donne alors un plaisir très pur, celui d’une maîtrise qui n’a pas été offerte.
Tout n’est pas aussi brillant dans l’exploration. Le monde se parcourt avec plaisir, les nouvelles capacités ouvrent des chemins, mais la structure met parfois moins de feu que les combats. Certaines directions manquent de clarté après un affrontement important, et le bestiaire courant n’a pas toujours la variété des grands duels. Nine Sols reste un excellent metroidvania, mais il est surtout un immense jeu de combat déguisé en exploration.
La Switch encaisse, pas toujours sans plier
Sur Nintendo Switch, Nine Sols conserve l’essentiel : la lisibilité de l’action, la beauté de ses décors dessinés à la main, la force de ses cutscenes inspirées du manga, et surtout cette sensation de duel qui doit rester propre pour que le jeu existe. En portable, l’aventure garde même une intimité assez naturelle. New Kunlun se lit bien sur petit écran, et le format se prête aux sessions courtes autant qu’aux longs face-à-face contre un boss.
La machine montre tout de même ses limites. Les temps de chargement peuvent s’étirer, quelques ralentissements apparaissent lors de transitions ou de scènes plus chargées, et certains combats auraient gagné à être plus nets encore. Rien ne détruit l’expérience, mais dans un jeu aussi dépendant du timing, la moindre mollesse se remarque davantage que dans un metroidvania plus classique.
L’adaptation reste solide. Ce n’est pas la version la plus confortable pour ceux qui cherchent la précision absolue, mais elle permet de découvrir l’oeuvre dans de bonnes conditions. La direction artistique résiste très bien au passage sur Switch, et l’ambiance sonore garde sa force, entre nappes inquiétantes, percussions, tensions électroniques et respirations plus mélancoliques.
Nine Sols est un jeu exigeant, et la Switch n’efface pas cette exigence. Elle la rend seulement un peu moins lisse par endroits. Le coeur, lui, bat toujours très fort.
La lame reste plantée
Nine Sols est l'un de ces jeux qui ne lâchent pas facilement. Il demande de la patience, de l'attention, parfois une vraie résistance à la frustration. Mais il rend presque tout ce qu'il demande. Son univers est superbe, son récit plus profond que son apparence de metroidvania ne le laisse croire, et son système de combat donne aux duels une intensité rare.
La version Switch n'est pas parfaite. Quelques ralentissements, des chargements plus visibles et une exploration parfois moins inspirée que les boss empêchent le jeu d'être totalement intouchable. Mais cela ne change pas l'essentiel : Nine Sols est une oeuvre forte, exigeante, marquante, capable de faire du parry autre chose qu'un réflexe. Une manière de survivre.
Points positifs
- Un univers taopunk superbe et vraiment habité.
- Un système de parry exigeant, précis et gratifiant.
- Des boss mémorables, construits comme de vrais duels.
- Une direction artistique magnifique.
- Les bonus de l'édition physique
Points negatifs
- Quelques ralentissements et chargements sur Switch.
- Une exploration parfois moins brillante que les combats.
- Des indications de progression pas toujours très claires.
- Un bestiaire courant moins marquant que les boss.
