Lost Twins 2

La maison est dans le puzzle

Date de sortie
7 mai 2026
Développeur
Playdew
Éditeur
WRP Games

Abi et Ben jouent dans leur chambre lorsqu’un portail avale leur quotidien. Les voilà jetés dans des mondes qui ont gardé la douceur d’un livre d’images, mais plus vraiment leur logique. Un Fenghuang, cet oiseau-phénix qui sert ici de repère et de promesse de retour, les attend au bout de chaque niveau. Pour rentrer, les deux enfants doivent se rejoindre. Pour se rejoindre, il faut déplacer le monde.

Lost Twins 2 tient dans cette idée-là : faire glisser les pièces du décor comme on remettrait de l’ordre dans une chambre après un rêve trop agité. Le jeu a de la grâce quand il assume cette simplicité. Il perd en force dès que son scénario s’efface, dès qu’Abi et Ben redeviennent de jolies silhouettes muettes au lieu de vrais enfants à ramener chez eux.

Sur Nintendo Switch, la proposition tombe bien. Des niveaux courts, une coopération locale, une prise en main immédiate, un ton paisible : tout cela respire la console que l’on pose sur une table pour partager une énigme à deux. Mais un jeu adapté à une machine ne devient pas automatiquement un jeu marquant. Lost Twins 2 est une jolie réussite de mécanique. C’est aussi une aventure beaucoup trop mince dès qu’on regarde derrière ses couleurs chatoyantes.

Deux enfants, un portail, un récit qui s’efface

Lost Twins 2 raconte l’histoire d’Abi et de Ben, quittant leur chambre pour traverser trois grands ensembles d’environnements : forêt enchantée, château glacé, monde de jouets. Le décor change, les objets aussi, et l’oiseau-phénix donne au parcours une image claire. Les enfants sont séparés, le monde est cassé, il faut recomposer les morceaux pour les réunir.

Cette idée avait de quoi donner au jeu une vraie tendresse. La séparation de deux enfants, la maison à retrouver, le passage d’un imaginaire domestique à des mondes fantastiques : tout appelait un conte simple, léger, porté par quelques gestes et quelques images fortes. Malheureusement, Playdew choisit une voie beaucoup plus sèche. Après l’introduction, le récit disparaît. Abi et Ben traversent les niveaux avec une présence trop faible, comme si le jeu avait peur de donner du poids à son propre voyage.

C’est le premier vrai reproche : Lost Twins 2 confond l’épure avec le vide. Un puzzle-game peut raconter peu. Il peut même raconter sans mots. Ici, les images portent le charme, mais pas assez le sens. On avance de tableau en tableau, on admire, on résout, puis on repart. Le voyage reste agréable. Il manque une trace. Une inquiétude. Un attachement. Quelque chose qui ferait d’Abi et Ben autre chose que deux pions adorables dans un très beau mécanisme.

Le monde coulisse, et c’est là que le jeu existe

Chaque niveau est divisé en blocs que l’on déplace comme un puzzle coulissant. Un mur bouche le passage, un gouffre coupe la route, une plateforme reste inutile parce qu’elle se trouve au mauvais endroit. On change l’ordre des morceaux, et le problème prend une autre forme. Le chemin se fabrique autant qu’il se parcourt.

La force de Lost Twins 2 vient de cette évidence. Le joueur comprend vite, mais le jeu garde assez de ressources pour ne pas se vider au bout de trois salles. Interrupteurs, blocs à pousser, batteries, ventilateurs, insectes volants, dômes à briser, portails colorés, objets à déplacer d’un fragment à l’autre : chaque nouvel élément ajoute une petite règle plaisante qui enrichit le gameplay.

Les meilleures énigmes demandent de penser en trajet complet : quand déplacer, où laisser Abi, comment faire passer Ben, comment préserver une route de retour, comment faire tomber un objet dans le bon carré avant de le recoller ailleurs. Quand la solution se met en place, le jeu donne un plaisir très net, ce petit sourire idiot qui arrive quand le cerveau, enfin, range la pièce comme il fallait.

Lost Twins 2 garde tout de même un plafond assez bas. La grille reste limitée, la logique trop lisible, et l’accessibilité prend souvent le dessus. Les joueurs très habitués aux puzzle-games verront certaines réponses venir trop tôt. Le jeu compense avec des plumes de phénix à récupérer et des défis annexes plus malins qu’ils n’en ont l’air, mais son chemin principal reste rarement difficile. C’est un choix… mais qui ne fera pas l’unanimité.

La coopération donne sa vraie chaleur

En solo, Lost Twins 2 se tient bien. On passe d’un enfant à l’autre, on prépare une action, on revient, on déplace le décor, on recommence. La lecture reste claire et la Switch se prête bien à ces petites sessions où l’on termine deux ou trois niveaux avant de refermer la console.

À deux, le jeu gagne quelque chose. Le rythme reste posé, presque complice. Chaque joueur contrôle un enfant. Les deux regardent des portions différentes du niveau, proposent, testent, ratent parfois, corrigent ensemble. Lost Twins 2 devient alors un vrai jeu de canapé, un de ceux qui laissent une place à la personne qui joue peu sans la condamner à suivre.

C’est sa plus belle qualité. Le jeu reste accueillant sans devenir bête. Il peut accompagner un enfant, un joueur débutant, ou simplement quelqu’un qui cherche une soirée de réflexion tranquille. La coopération ne sert pas seulement à cocher une case. Elle change la température de l’expérience.

Charmant, puis un peu creux

Visuellement, Lost Twins 2 a du goût. Les décors ont cette rondeur de conte illustré, avec des couleurs tendres, des arrière-plans peints, des personnages simples et expressifs. L’image garde une vraie lisibilité. Chaque petit théâtre laisse l’oeil comprendre le puzzle avant de se perdre dans la décoration.

La musique suit la même ligne. Elle accompagne sans envahir, avec des thèmes doux qui laissent la réflexion respirer. Le jeu sait créer une bulle. Il sait aussi l’user. À force de rester dans une douceur constante, les mondes traversés finissent par manquer de relief. La forêt, le château, les jouets : tout est joli, tout est propre, mais peu de choses semblent vraiment appartenir à une histoire.

Ce manque d’épaisseur pèse davantage que la durée. Lost Twins 2 se termine vite, autour de quatre à cinq heures pour l’essentiel, mais un format court aurait pu suffire avec un univers plus incarné. Le vrai problème vient de ce sentiment de vitrine. On voit le soin. On sent le talent. On cherche la vie derrière le décor, et elle ne vient presque jamais.

Bonne place, mauvaise langue

La version Switch a du sens. Le format court, la coopération locale et la douceur générale conviennent naturellement à la console. Le jeu se prête aux sessions brèves, au partage, au mode portable comme au jeu posé sur l’écran du salon. Sa structure profite davantage de cette souplesse que d’une machine spectaculaire.

En revanche, le jeu est uniquement en anglais. Sur un titre qui vise clairement le public familial, c’est une faute aussi bête qu’incompréhensible. Le nombre de texte reste limité, l’aventure peut se comprendre sans grande maîtrise de la langue, mais l’absence de français contredit l’accessibilité que Lost Twins 2 défend partout ailleurs. Un jeu aussi simple à prendre en main ne devrait pas trébucher sur une barrière aussi évitable.

Les bonus relancent partiellement l’ensemble. Les plumes et secrets ajoutent une raison de fouiller davantage. Les défis annexes donnent un vrai supplément aux joueurs qui aiment tordre les niveaux. Mais une fois la logique comprise, la surprise s’amenuise. Lost Twins 2 reste une belle parenthèse, davantage qu’un puzzle-game auquel on revient longtemps.

Conclusion :

Une belle mécanique dans un monde trop mince

Lost Twins 2
6/10

Lost Twins 2 réussit son pari le plus important : faire du décor un puzzle. Ses niveaux se lisent, se déplacent, se recomposent avec une clarté qui donne souvent envie d'aller au bout. En coopération locale, le jeu gagne une vraie chaleur et trouve sur Switch une place naturelle.

Il échoue cependant à donner assez d'identité à son voyage. Abi et Ben restent trop silencieux, le scénario disparaît vite, les mondes traversés manquent d'attaches et l'absence de français abîme le discours familial. Lost Twins 2 est charmant, malin, agréable. Il lui manque simplement une âme plus tenace pour devenir autre chose qu'un très joli puzzle que l'on referme un peu trop vite.

Points positifs

  • Une mécanique simple et efficace
  • Une coopération locale vraiment agréable
  • Une direction artistique douce et soignée
  • Des énigmes accessibles sans être creuses
  • Une ambiance parfaite pour jouer sans pression

Points negatifs

  • Une aventure trop courte
  • Un monde charmant mais peu habité
  • Un défi parfois trop sage pour les habitués du genre
  • Une rejouabilité limitée
  • Quelques ralentissements et petites maladresses physiques
  • L'absence de français