Publié en France chez Doki-Doki le 1er avril 2026, Shiba Inu Rooms est un manga d’Esu Omori, d’abord lancé au Japon en 2024 dans Shōnen Jump+. Le point de départ tient en quelques lignes : Suite à son changement de lycée, Momose Kôri cherche un nouveau logement et tombe sur un appartement au loyer dérisoire. La raison de ce prix tient en un nom : Muu, un esprit canin qui hante les lieux.
Cette base donne immédiatement au manga une saveur très précise. Shiba Inu Rooms avance du côté de la comédie surnaturelle autant que du Slice of Life, avec une héroïne solitaire, maladroite dans sa manière d’exprimer ce qu’elle ressent, et un drôle de compagnon à quatre pattes venu bousculer son quotidien. Le matériau a de quoi séduire très vite, parce qu’il repose sur une idée simple, lisible ; et sur cette promesse d’une relation inattendue entre une adolescente renfermée sur elle-même et une présence canine qui transforme l’espace de l’appartement en refuge étrange.
Reste alors à voir si Shiba Inu Rooms tient vraiment plus qu’un concept attendrissant. Entre le fantôme shiba, la solitude de Kôri et ce mélange de rires, de douceur et de surnaturel mis en avant par l’éditeur, le manga a tout ce qu’il faut pour trouver une vraie sensibilité. Encore faut-il que cette douceur s’accompagne d’un peu d’épaisseur, et que le charme du duo suffise à porter le livre au-delà de sa seule bonne idée de départ…
Deux solitudes sous le même toit
Shiba Inu Rooms tient d’abord par sa cohabitation de ses deux protagonistes. Kôri arrive dans cet appartement avec sa réserve, sa difficulté à laisser sortir ce qu’elle ressent et un passé déjà assez lourd pour l’avoir poussée à changer de lycée et à vivre seule ; sans compter sa peur maladive des chiens. En face, Muu occupe les lieux avec l’énergie plus rugueuse d’un esprit canin attaché à son appartement et peu disposé à accueillir le premier humain venu. Cette rencontre donne immédiatement au manga une base plus solide que sa seule idée de fantôme shiba.
Ce tome 1 trouve sa vraie justesse dans la manière dont ce lien se construit. Esu Oomori choisit l’accroc, la gêne, les habitudes qui s’installent de travers, puis ce mouvement très progressif qui rapproche deux êtres déjà marqués. Kôri avance avec une forme de froideur apparente qui protège surtout une blessure encore vive. Muu, lui aussi, porte sa part de cicatrices. À partir de là, le manga gagne tout de suite en épaisseur. La douceur arrive, mais elle vient après la friction, et c’est précisément ce qui lui donne plus de tenue.
Cette relation donne aussi sa couleur au reste du livre. L’appartement, la résidence Shiba, les autres présences du lieu et ce petit quotidien hanté élargissent peu à peu le cadre sans le détourner de son vrai centre. Le fantastique sert surtout à rendre visible quelque chose de très simple : le besoin d’être accueilli, compris, puis regardé autrement. Shiba Inu Rooms avance alors comme un récit d’apprivoisement, avec ce que cela suppose de lenteur et de maladresse.
Sous son apparence légère, le manga travaille une matière plus fragile, plus sensible, plus habitée qu’il n’y paraît d’abord. Kôri et Muu donnent au manga sa chaleur, mais aussi son relief. Leur duo fait vivre le livre bien au-delà de son point de départ, parce qu’il transforme une idée attendrissante en relation. Et c’est cette relation qui donne au volume sa vraie présence.
Un trait souple et une lecture fluide
Visuellement, Shiba Inu Rooms tient très bien sa promesse. Esu Oomori choisit un trait souple, expressif, très lisible, qui donne tout de suite de la présence à Kôri comme à Muu. Le shiba concentre une large part du charme du tome, avec cette bouderie, cette fierté et cette nervosité que le dessin capte avec beaucoup d’efficacité, tandis que les visages et les attitudes de Kôri traduisent finement sa réserve, sa gêne et ce qu’elle laisse difficilement sortir. Le livre trouve là une vraie qualité d’incarnation.
Cette justesse du trait sert aussi le rythme. Ce tome 1 avance avec une grande fluidité, en laissant respirer les scènes du quotidien, les moments de friction et les passages plus sensibles. L’ensemble renforce cette lecture très accessible, mais avec assez de tenue pour donner du poids aux émotions. L’humour existe, bien sûr, parce qu’il fait partie de la cohabitation entre Kôri et Muu, mais il s’insère dans une dynamique plus large, portée par la douceur, la solitude et la réparation. C’est ce dosage qui permet au manga de garder son équilibre.
0 commentaires