Publié le 18 février 2026 aux éditions Robinson, le premier tome de Shango : Pirate noir des Caraïbes marque le lancement d’une nouvelle série d’aventure maritime au format cartonné de 56 pages. Le projet réunit au scénario Arnaud Delalande et Marc de Banville, accompagnés au dessin par Guy Michel.
En choisissant de placer sa piraterie sous le signe d’un pirate noir, l’album se positionne d’emblée sur un imaginaire rarement exploré en bande dessinée, directement lié aux premières heures de la traite atlantique et aux routes maritimes qui ont façonné les Caraïbes.
L’ouvrage instaure une épopée où les traditions africaines, les croyances, la violence des empires et la légende des trésors caribéens se croisent au rythme des voiles et des canons, avec Haïti et l’île de la Tortue comme horizons emblématiques.
Reste à savoir si Shango : Pirate noir des Caraïbes parvient à transformer cette matière historique et ce souffle de flibuste en véritable aventure incarnée, capable de marquer durablement l’imaginaire.
Une épopée née dans la violence
Le premier tome de Shango : Pirate noir des Caraïbes ne cherche pas à introduire son héros par le spectaculaire. Il choisit au contraire la brutalité d’un contexte précis : celui de l’Afrique de l’Ouest au XVIIe siècle, à l’aube de la traite atlantique. Shango n’est pas encore pirate. Simplement le fils d’un chef, inscrit dans une lignée, intégré à un ordre politique local. Cette position initiale structure tout le basculement qui va suivre.
La capture constitue l’événement fondateur du volume. Loin d’être traitée comme une simple péripétie, elle devient un point de fracture. Le récit insiste sur la dépossession progressive : perte du territoire, du statut, de l’humanité. Cette descente n’est pas accélérée artificiellement. Elle occupe une part importante de l’album et impose un rythme plus grave que celui d’une aventure maritime classique.
Ce choix narratif donne au tome une identité particulière. Là où l’on pourrait attendre une montée rapide vers la piraterie et l’action navale, l’album privilégie l’installation historique. La traite, les circuits commerciaux, la mécanique de l’asservissement constituent la matière première du récit. L’épopée annoncée se construit donc à rebours, à partir de la chute, pour ne justifier son titre que dans les dernières planches.
Shango apparaît alors comme une figure en devenir. Son épaisseur tient moins à des exploits qu’à sa résistance. Le personnage est massif, imposant physiquement, mais encore contenu dans son évolution. Le volume ne livre pas un pirate accompli. Il propose la genèse d’une transformation, celle d’un homme arraché à sa vie, à sa structure, pour qui ne résonne que le mot de « liberté ».
Les figures secondaires participent pleinement à cette dynamique. Les marchands hollandais, les capitaines et les intermédiaires africains composent un réseau d’intérêts convergents où la responsabilité se dilue sans jamais disparaître. L’album évite le manichéisme simpliste pour mieux montrer l’horreur d’une époque. Les rapports de domination apparaissent comme le produit d’un système économique en expansion, plutôt que comme l’expression d’une pure cruauté individuelle. Ainsi Shango et les autres sont vendus contre des fusils, outils permettant à un lieutenant local d’organiser sa révolution et sa soif de pouvoir.
L’escale au Cap-Vert, marquée par une tentative de révolte suivie d’un châtiment exemplaire, condense cette logique. La résistance existe, mais elle se heurte à une organisation implacable. Ce passage renforce la dimension tragique du volume : l’élan vers la liberté ne s’épanouit pas encore, il se heurte ; et échoue.
Shango, dans ce premier tome, demeure une figure en devenir. Sa stature physique et sa capacité à endurer les épreuves nourrissent l’idée d’une transformation future, sans précipiter cette métamorphose. Le récit privilégie la genèse plutôt que l’exploit. Il installe une tension contenue, qui repose davantage sur l’accumulation des contraintes que sur l’action flamboyante.
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