Le Dimanche perdu est une BD d’Ileana Surducan parue aux Éditions Aventuriers d’Ailleurs le 25 Février 2026. Il se compose de 72 pages.
Dimanche disparu et burn-out
Dimanche a disparu. Les journées sont toutes grises, sans la moindre minute consacrée au repos. Nina accumule les journées qui l’éreintent : Lundi, Plantiloup les envahit. Mardi, l’Horoloup les étourdit avec son tic-toc incessant. Mercredi, le fumant Brûlilou les avale en une seule bouchée. Jeudi, c’est l’arrivée de l’Ondiloup Multiple qui les abrutit. Vendredi, le Pavéloup les secoue en dansant comme un fou furieux. Samedi, l’énorme Mémoloup leur apporte regrets et mauvais souvenirs…
Nina se plaît à imaginer comment serait Dimanche s’il était là. Que ferait-elle ? Bien s’habiller, bien manger, se reposer. Nina croit que la Sorcière qui vit au fond du puits a volé le Dimanche, alors, lasse de ne jamais pouvoir se reposer, elle s’y engouffre avec un os à vœux. Là-bas, il se transformera en ce dont elle a besoin.
Au fond du puits, Nina rencontre une jeune fille qui lui ressemble beaucoup, cependant elle est oisive et ne semble pas vouloir faire d’efforts pour libérer Dimanche. Toutefois, elle la suit tandis que Nina astique, répare et soigne un arbre rabougri, une fontaine sale et un four fissuré. Nina enchaîne le nettoyage, fatiguée de fournir autant d’efforts ici qu’en haut.
Son double préfère se prélasser et refuse de se salir, son égoïsme allant jusqu’à tancer les Loups de la semaine. Les Loups essaient de voler le temps de Nina : une seconde, une minute, toute une heure pour combler leur faim ; finalement, la jeune fille épuisée décide de se reposer avec eux. Elle leur accorde un peu de temps, alors les ombres décharnées regagnent des couleurs, de la joie et retrouvent leur forme unique.
Quand, enfin, Nina et son double atteignent la demeure de la Sorcière, la vieille femme qui leur ouvre ne ressemble pas à ce qu’elles imaginaient, encore moins le loup ailé qui l’accompagne. La vieille dame explique que le monde d’en haut a changé les Loups de la semaine, qu’ils sont devenus encore plus affamés. Elle s’étonne en voyant chacun d’eux bichonné et remercie les demoiselles, bien que la seconde s’attribue tout le mérite. En remerciement, elle leur propose de choisir un coffre, qui sera à leur juste valeur. La seconde choisit le plus gros, mais il ne contient qu’un effluve verdâtre qui l’enrage. Nina prend le plus petit et attend de remonter à la surface pour l’ouvrir aux côtés de ses amis.
Sur le chemin du retour, Nina constate que tout ce qu’elle a réparé porte ses fruits : le four produit des crêpes inspirantes, les lotus de la fontaine donnent des perles de beauté et l’arbre des idées foisonne de livres. Nina se retrouve surchargée, alors la seconde jeune fille en profite pour voler son petit coffre. Seulement, il est vide ! Agacée, elle quitte son histoire et Nina en profite pour tout ranger à l’intérieur.
Là-haut, son monde est devenu plus beau, plus lumineux, de gros flocons de temps sont tombés, permettant aux gens de se reposer enfin.
Désormais, chaque jour, tout le monde peut s’accorder un peu de temps : lire, tricoter, jouer aux échecs, pâtisser avec une tasse de thé, faire un tour en avion, admirer l’aquarium, danser… et le Dimanche, en profiter davantage !
Inspiration et symbolique
Ileana Surducan s’inspire de plusieurs œuvres qui se rassemblent autour d’un même conte : Dame Hiver des frères Grimm, La Fille du bon vieil homme de Petre Ispirescu et La Fille de la vieille femme et du vieil homme de Ion Creanga. Ce conte se décline un peu partout dans le monde, de l’Amérique du Nord au Japon, de la Scandinavie à l’Afrique.
Souffrant d’un burn-out, l’illustratrice a commencé à créer cette histoire. En roumain et en français existe l’expression : « Avoir une faim de loup », elle a ainsi représenté les jours de la semaine sous forme de loups affamés. Les proverbes roumains, le samoyède et son inspiration profonde l’ont aiguillée pour définir leur apparence.
Ce conte a deux sens de lecture : le premier s’adresse aux enfants, le second aux adultes en incorporant le burn-out. Le graphisme mignon se marie aux aquarelles de manière onirique. On quitte la grisaille d’un monde stressant pour redécouvrir la joie simple de trouver du temps pour soi. La narration, habile, peut donc se lire de deux manières ; une belle réussite !
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