Publié le 1er avril 2026 chez Les Aventuriers d’Ailleurs, Dans la forêt de Wickerson remet en avant un récit de Derek Laufman déjà connu sous le titre La sorcière de Wickerson, avant d’être retravaillé et intégré à un ensemble plus large. L’album suit Torben Gerbille, devenu vieux conteur, qui consigne dans un grimoire ses souvenirs de la forêt de Wickerson à travers trois récits entre passages secrets, bêtes féroces et affrontement avec l’ogresse du bois.
Le livre affiche tout de suite une ambition très claire. Derek Laufman retourne vers une fantasy animalière pensée pour un jeune public, avec une forêt chargée de mystère, un héros minuscule face à des dangers immenses, et cette envie de faire tenir l’aventure dans un imaginaire accessible, coloré et fortement tourné vers le conte. Le matériau de départ a pour lui une vraie clarté ; et l’univers possède déjà ce qu’il faut de relief pour attirer l’œil.
Mais avec un album présenté pour la jeunesse et une précédente version recommandée à partir de 7 ans, Dans la forêt de Wickerson doit trouver le bon équilibre entre émerveillement, tension et légèreté. Toute la question est donc de savoir si Derek Laufman parvient à faire vivre un vrai récit d’aventure, avec du souffle et de la tenue, ou si l’ensemble glisse vers un ton trop appuyé pour qui supporte mal un humour enfantin…
Un imaginaire de conte qui cherche davantage la menace que la farce
Derek Laufman installe dans cet ouvrage une forêt chargée d’ombres, de souvenirs et de dangers, avec le vieux Torben qui couche dans un grimoire ce que ce territoire lui a laissé de peurs, de cicatrices et de victoires. Cette idée du récit transmis donne tout de suite à l’album une assise de conte. L’aventure avance alors moins comme une simple suite de péripéties que comme une traversée racontée après coup, avec ce que cela implique de recul, de relief et de gravité légère.
Ce point compte beaucoup, parce qu’il oriente déjà le ton du livre. La présentation de l’album met en avant les sentiers, les bêtes, l’ogresse, les peurs et les souvenirs bien avant le registre de la plaisanterie. Le matériau de départ va de fait vers une fantasy animale très jeunesse, oui, mais avec un socle de menace et de merveilleux qui peut lui donner plus de tenue qu’un récit uniquement construit autour du gag.
Le livre trouve aussi une forme assez juste dans sa structure. Avec ses trois récits rassemblés autour de Torben, l’album semble chercher une lecture morcelée, presque orale, où chaque histoire vient enrichir un même univers. Cela donne à la forêt une présence particulière. Elle devient plus qu’un décor. Elle prend la forme d’un lieu vécu, traversé, raconté, avec ses dangers propres et ses figures qui reviennent. Cette logique convient bien à Derek Laufman, dont l’imaginaire repose souvent sur la lisibilité, le mouvement et le sens de l’aventure immédiate.
Reste évidemment la question de la portée. L’album s’adresse clairement à un jeune public, et cette orientation se sent dans sa manière de poser ses enjeux, son rythme et son écriture. Mais sur sa base même, Dans la forêt de Wickerson donne surtout l’impression de vouloir faire vivre un conte d’exploration et de courage, avec une petite noirceur de sous bois, bien plus qu’un divertissement bruyant fondé sur la vanne ou la grimace. Et pour ce livre précis, c’est sans doute le meilleur signal possible.
Un dessin chaleureux, mais un ton particulièrement immature
Sur le plan visuel, Dans la forêt de Wickerson part avec de vrais atouts. Cette nouvelle édition reprend un univers déjà aperçu dans La sorcière de Wickerson, publiée en 2023 en 32 pages, avant d’être retravaillée et intégrée dans un format plus ample de 72. Derek Laufman y apporte un trait immédiatement lisible, expressif, très mobile, avec cette fantasy animalière ronde et colorée qui donne tout de suite de la présence au décor et au mouvement.
Le vrai enjeu se situe davantage dans le ton. Le livre cherche davantage le merveilleux, la petite peur du sous-bois et l’élan du conte que la vanne permanente. C’est le bon signal. Mais pour un lecteur qui supporte mal l’humour immature, la réserve reste entière. Le format jeunesse, l’expressivité du dessin et la logique de récit animalier peuvent très vite faire basculer l’ensemble vers quelque chose de trop appuyé tant l’écriture force la légèreté.
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