Sorti le 30 mai 2024 sur Nintendo Switch, Xuan Yuan Sword 7 vous ouvre les portes d’une Chine ancienne sublimée, au croisement des mythes éternels et des souvenirs effacés. Développé par DOMO Studio et Softstar, et publié en Occident par Eastasiasoft, cet opus tardif d’une saga culte en terres asiatiques se présente comme une offrande d’esthétisme, de narration et de combats à ceux qui rêvent d’antiques royaumes et de légendes au goût de poussière d’or.
Conçu initialement pour des machines plus robustes, Xuan Yuan Sword 7 arrive enfin dans le creux de la console hybride de Nintendo, emportant avec lui la promesse d’un récit riche en symboles, d’un monde à explorer entre ruines et récits millénaires, et d’un système de combat qui puise dans l’héritage autant que dans l’efficacité. Mais ce voyage peut-il préserver toute sa splendeur dans une version techniquement bridée ? Et l’élan poétique du titre suffit-il à transcender les concessions techniques imposées par la portable de Kyoto ?
Par-delà les montagnes, l’écho des serments oubliés
Dans Xuan Yuan Sword 7, vous incarnez Taishi Zhao, ancien général reclus et père endeuillé, entraîné malgré lui dans un périple où la survie de sa sœur gravement malade croise le destin de tout un royaume. La trame narrative du jeu s’ancre dans une Chine impériale troublée, mais revisite l’histoire officielle à travers le prisme du fantastique, entremêlant créatures démoniaques, artefacts magiques et anciens savoirs interdits pour mieux interroger les fragiles fondations du réel. Si la saga a toujours jonglé avec ces motifs, ce septième volet recentre son intrigue autour d’un drame familial porté par une écriture sobre, mélancolique et introspective.
Loin des archétypes flamboyants ou des héros bardés de répliques ronflantes, Taishi Zhao se distingue par sa gravité stoïque, ses silences éloquents et son attachement viscéral à sa sœur Taishi Xiang, personnage lumineux dont la douceur tranche avec la noirceur du monde qui les entoure. Ce duo forme le noyau émotionnel du jeu, et chaque dialogue, chaque détour narratif revient inlassablement à ce lien fraternel, cœur battant d’une aventure qui préfère la pudeur à l’esbroufe.
Les personnages secondaires qui gravitent autour de cette quête sont introduits avec parcimonie mais justesse, apportant chacun leur nuance au tableau général : un érudit dépassé par l’ampleur du complot, un seigneur rongé par ses ambitions, ou encore des entités surnaturelles aux intentions cryptiques. Si les dialogues ne brillent pas toujours par leur profondeur philosophique, ils bénéficient d’un doublage chinois soigné, qui confère à l’ensemble une authenticité culturelle rare dans les productions disponibles sur Switch.
L’univers narratif du jeu, bien que linéaire dans sa construction, parvient à évoquer la grandeur perdue d’un empire et les luttes intimes de ses habitants sans sombrer dans la grandiloquence. Les textes, les fragments de mémoire et les inscriptions disséminées dans les niveaux composent une toile de fond historique et mystique, où le passé murmure sans cesse à l’oreille du présent.
L’élégance du sabre, le poids de la fatigue
Xuan Yuan Sword 7 déploie un système de combat fluide et accessible, dans la lignée des action-RPG modernes, tout en conservant quelques spécificités propres à son héritage. À travers une combinaison de frappes légères et lourdes, de parades bien timées, d’esquives acrobatiques et de compétences spéciales, les affrontements adoptent un rythme nerveux sans jamais sacrifier la lisibilité. Le rouleau d’Elysium, mécanique signature du jeu, permet de ralentir le temps brièvement pour absorber ou manipuler des éléments du décor, ouvrant la voie à des combinaisons stratégiques qui enrichissent les combats sans les alourdir.
La prise en main se révèle agréablement instinctive, même si l’arbre de compétences reste assez sobre en comparaison des standards du genre. La montée en puissance du personnage est progressive, mais les ennemis standards deviennent vite peu menaçants, ce qui transforme certains combats en formalités. C’est dans les duels de boss que le système révèle toute sa pertinence, exigeant précision, lecture des patterns et réactivité, avec des phases de combat souvent spectaculaires malgré les contraintes de la console.
L’exploration suit une structure semi-linéaire, alternant zones étroites à la mise en scène cinématographique et environnements plus ouverts, parsemés de feux de camp servant à la fois de points de repos et de hubs narratifs. Ces moments de pause offrent des dialogues supplémentaires, renforçant la cohésion du groupe et la compréhension de l’univers. L’absence de carte, cependant, complexifie inutilement certains déplacements, en particulier dans les zones aux chemins multiples, où le joueur doit souvent se fier à son instinct ou à la mémoire visuelle.
Les puzzles environnementaux, discrets mais bien intégrés, apportent un souffle différent à l’expérience, sollicitant l’observation plus que la réflexion pure. Ils s’insèrent naturellement dans le rythme global du jeu, sans jamais nuire à la progression.
Les limitations techniques de la Switch, en revanche, impactent lourdement le gameplay. Les ralentissements fréquents, notamment lors des combats contre plusieurs ennemis ou dans les grandes zones extérieures, détériorent la précision des esquives et la fluidité générale. Ces chutes de framerate, couplées à des temps de chargement trop longs, brisent régulièrement le tempo, surtout lors de séquences intenses ou dramatiques. La navigation dans les menus conserve heureusement une bonne réactivité, rendant la gestion de l’équipement et des compétences agréable, malgré une interface quelque peu datée.
L’encre du pinceau, les cordes de l’âme
Xuan Yuan Sword 7 se déploie comme un tableau mouvant, où chaque recoin évoque les légendes anciennes et les paysages idéalisés des rouleaux de soie. Sa direction artistique, délicate et appliquée, compose des environnements aux accents mystiques : forêts aux teintes sépia, temples millénaires baignant dans la brume, villages suspendus dans le temps, chaque zone s’impose comme une évocation visuelle d’une Chine de mémoire et de rêve. L’architecture, les tenues traditionnelles et les motifs calligraphiques nourrissent un ensemble esthétique cohérent, raffiné, et subtilement exotique pour un regard occidental.
La palette chromatique privilégie les teintes naturelles : verts moussus, rouges laqués, pierres polies par le vent. Ce choix confère au jeu une identité visuelle affirmée, élégante sans ostentation. Même dans les moments les plus tendus, le jeu conserve une grâce plastique constante, comme si la violence du monde ne pouvait dissoudre la beauté qui le sous-tend.
La bande-son, signée par un compositeur anonyme mais talentueux, s’appuie sur des instruments traditionnels chinois — guzheng, erhu, flûtes de bambou — pour construire une atmosphère sonore chaleureuse, mélancolique et méditative. Loin des envolées orchestrales formatées, les thèmes musicaux de Xuan Yuan Sword 7 optent pour la retenue et l’élégance, avec des compositions qui accompagnent l’exploration sans la dominer, tout en s’intensifiant lors des combats ou des cinématiques clés. Ce travail sonore, enraciné dans une culture musicale ancestrale, donne au jeu une identité auditive rare sur Switch.
Mais c’est aussi ici que les limites techniques de la console se font douloureusement sentir. Textures floues, aliasing prononcé, effets de flou dynamique mal maîtrisés et pop-in visuel fréquent nuisent à la précision de l’image. Les grandes zones extérieures, en particulier, subissent des baisses de résolution parfois drastiques, transformant des panoramas détaillés en aplats indistincts. Le jeu cherche visiblement à préserver sa vision artistique, mais la Switch peine à suivre, crachant chaque image avec peine, en particulier lors des effets visuels complexes ou des transitions rapides.
L’animation des personnages reste globalement stable, avec des mouvements corrects et expressifs, mais souffre parfois de rigidités, notamment dans les cinématiques secondaires. Les effets sonores des combats, quant à eux, sont percutants, bien que discrets : chaque coup d’épée claque, chaque invocation se charge d’un souffle mystique, et chaque impact souligne l’ancrage physique des affrontements.
Les rouages invisibles d’une fresque imparfaite
Sous sa carapace d’action-RPG poétique, Xuan Yuan Sword 7 dissimule un cœur technique tiraillé entre ambition sincère et réalité matérielle. Sur Nintendo Switch, l’expérience oscille ainsi entre volonté d’aboutir et résignation contrainte, exposant les fondations d’un portage visiblement courageux mais soumis aux concessions les plus rudes.
En termes de performances pures, le jeu tourne à un framerate instable, incapable de garantir une fluidité constante dans les environnements les plus vastes ou lors des séquences de combat soutenues. Ces ralentissements, perceptibles dès les premières heures, altèrent directement le plaisir d’exploration et la précision des affrontements, deux piliers pourtant centraux à l’équilibre du jeu. Certains effets de lumière ou particules semblent même avoir été retranchés, donnant lieu à des ambiances plus ternes que sur d’autres plateformes.
Les temps de chargement, quant à eux, s’avèrent longs et fréquents. Chaque passage entre zones, chaque cinématique majeure, chaque mort même, impose son lot de secondes suspendues, venant grignoter le rythme global. L’immersion s’en trouve affaiblie, malgré les efforts de mise en scène et les effets de transition bien pensés. Le pop-in de textures est également récurrent, notamment lors des déplacements rapides ou dans les zones ouvertes, révélant la difficulté de la console à gérer les éléments distants.
Du côté de l’ergonomie, le jeu présente une interface fonctionnelle, claire bien que datée. Les menus, bien que peu modernisés, restent navigables, et l’ensemble des options de gestion (inventaire, compétences, journal de quêtes) s’intègre sans heurts. Aucun système d’accessibilité avancée n’a cependant été intégré à cette version Switch, et l’absence de carte ou de repères visuels modernes peut gêner une partie du public.
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