Disponible depuis 2024 sur Nintendo Switch, Neptunia: Sisters VS Sisters marque un tournant attendu pour la licence phare de Compile Heart.
Après plusieurs années de productions hésitantes et de spin-offs inégaux, cet opus ambitionne non seulement de raviver l’éclat des aventures de Neptune et ses consœurs, mais aussi d’installer définitivement la nouvelle génération de Déesses dans le cœur des fans.
Dans un contexte où la série n’avait plus offert de grand souffle depuis longtemps, Sisters VS Sisters réussit-il à s’imposer comme l’héritier légitime de la saga ou reste-t-il prisonnier de ses anciennes faiblesses ?
Un monde en déclin, une nouvelle génération en marche
Avec Neptunia: Sisters VS Sisters, Compile Heart choisit de passer symboliquement le flambeau.
Exit Neptune, Noire, Vert et Blanc en tant que figures centrales : ce sont désormais Nepgear, Uni, Rom et Ram qui occupent le devant de la scène, propulsant la nouvelle génération des Déesses au cœur d’une Gamindustri en péril.
Le récit s’ouvre sur une mission banale dans un complexe de recherche abandonné. Mais l’affrontement contre une mystérieuse Déesse Cendrée plonge nos héroïnes dans un sommeil forcé de deux années. À leur réveil, elles découvrent un monde profondément transformé, ravagé par le Phénomène Trendi et privé de la protection des anciennes Déesses disparues sur le Continent PC.
Ce point de départ, simple en apparence, cache une intrigue étonnamment solide et bien rythmée, où exploration, alliances et révélations s’enchaînent avec une justesse rarement atteinte par la série.
La réussite de ce nouvel opus tient beaucoup à l’intelligence de son écriture.
Les références, omniprésentes, tissent un tissu dense de clins d’œil au jeu vidéo et à la pop culture japonaise, sans jamais écraser le fil narratif principal.
Des personnages secondaires hauts en couleur comme Maho ou Shanghai Alice viennent enrichir l’univers, tandis que de nouveaux visages, à l’image d’Anri ou d’Higurashi, insufflent un vent de fraîcheur sans jamais trahir l’esprit de la saga.
La dynamique entre les personnages fonctionne à merveille.
Les dialogues, toujours aussi incisifs et pleins d’ironie, alternent avec brio entre légèreté et gravité, parvenant à capturer cette alchimie si particulière qui fait la force de Neptunia depuis ses débuts.
Seul point noir, récurrent chez Compile Heart : l’absence persistante de traduction française, qui réserve malheureusement l’expérience aux anglophones aguerris, et freine l’accessibilité d’un récit pourtant taillé pour séduire un public plus large.
Malgré ce frein linguistique, Neptunia: Sisters VS Sisters signe l’un des meilleurs scénarios de la licence, conjuguant hommage, renouveau et critique malicieuse de l’industrie vidéoludique.
Tactique en mouvement dans un monde en ruine
Avec Neptunia: Sisters VS Sisters, Compile Heart continue de réinventer ses mécaniques de jeu en s’inspirant des grands noms du JRPG.
Abandonnant le tour par tour classique pour une approche plus dynamique, le titre propose un système de combat en temps semi-réel, fortement influencé par les épisodes emblématiques de la série Tales of.
Les affrontements se déroulent dans de petites arènes fermées, où chaque personnage peut se déplacer librement et enchaîner attaques simples, assauts puissants et combos spéciaux.
L’ajout d’une jauge permettant de déclencher des attaques ultimes ou d’accéder au « Goddess Mode » via des commandes intuitives renforce cette sensation d’intensité constante au cœur des batailles.
Le joueur est sans cesse invité à composer son équipe avec soin, les affinités entre personnages déterminant la capacité à enchaîner des combos dévastateurs et à maximiser l’efficacité sur le terrain.
Le système, fluide et nerveux, procure un réel plaisir de jeu, renouvelant intelligemment la formule sans perdre l’identité propre de la série.
La difficulté, plus relevée qu’à l’accoutumée, oblige à une approche tactique plus rigoureuse, notamment dans la gestion des groupes et l’anticipation des capacités ennemies, sans jamais sombrer dans la frustration.
L’exploration des donjons, bien qu’assez classique, s’inscrit parfaitement dans les standards du genre.
Chaque zone offre une structure claire, ponctuée de raccourcis, de coffres cachés et de mini-boss, garantissant un rythme agréable entre progression et exploration.
Malgré quelques petites chutes de framerate dans les combats les plus chargés, l’expérience reste d’une fluidité remarquable pour un jeu Compile Heart, aussi bien en mode portable qu’en mode TV sur Nintendo Switch.
Avec ce système de combat repensé, plus vivant, plus technique et plus satisfaisant, Neptunia: Sisters VS Sisters parvient à offrir l’un des gameplays les plus aboutis de la série, capable de séduire aussi bien les fans historiques que les amateurs de JRPG modernes.
Gamindustri comme vous ne l’avez jamais vue
Visuellement, Neptunia: Sisters VS Sisters marque une véritable évolution pour la licence.
Longtemps cantonnée à des productions techniquement modestes, la saga franchit ici un cap décisif, offrant un rendu graphique nettement supérieur à tout ce que Compile Heart avait pu proposer jusque-là.
Les environnements, tout en restant dans la veine colorée et stylisée propre à Neptunia, gagnent en richesse et en variété.
Les décors de Gamindustri, qu’il s’agisse des cités reconstruites ou des terres dévastées par le Phénomène Trendi, bénéficient d’une direction artistique plus affirmée, avec des textures soignées, une profondeur accrue et des effets de lumière bien mieux intégrés.
Chaque donjon, chaque ville, chaque recoin du monde semble avoir été pensé pour flatter la rétine sans jamais sacrifier la lisibilité.
Côté modélisation, les personnages n’ont jamais été aussi expressifs.
Le soin apporté aux animations, notamment lors des séquences de transformation ou des attaques spéciales, confère un dynamisme supplémentaire qui rend les affrontements encore plus spectaculaires.
Les séquences narratives bénéficient elles aussi d’un coup de polish bienvenu, avec des mises en scène plus fluides et des transitions plus naturelles entre exploration et dialogues.
Techniquement, si tout n’est pas encore parfait – quelques baisses de framerate subsistent dans les combats les plus denses –, l’optimisation sur Nintendo Switch reste impressionnante pour un jeu Compile Heart, aussi bien en mode portable qu’en mode TV.
La bande-son, fidèle aux standards de la série, alterne entre morceaux énergiques, thèmes mélancoliques et musiques plus légères selon les situations.
Sans être révolutionnaire, elle accompagne l’action avec efficacité, renforçant l’immersion sans jamais devenir envahissante.
Les doublages japonais, impeccables dans leur ensemble, parviennent à transmettre toute l’énergie, l’humour et parfois la gravité des situations traversées, donnant vie aux héroïnes avec une authenticité réjouissante.
Avec Neptunia: Sisters VS Sisters, Compile Heart propose pour la première fois une expérience visuelle et sonore cohérente, maîtrisée et profondément agréable, qui sublime l’univers décalé de Gamindustri sans jamais le trahir.
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