Giant Machines 2017 propose de prendre le volant des plus énormes machines industrielles jamais conçues : excavateurs, grues, camions géants, chargeuses, et même des transporteurs de navettes spatiales. Sur Xbox Series, le titre se présente comme une expérience de simulation “brute”, mêlant tâche mécanique, grand spectacle de ferraille et ambition de contrôle sur la masse. L’objectif principal : mener à bien 14 missions réparties sur divers environnements extrêmes jusqu’à lancer une navette spatiale en orbite.
La grande question est : est-ce que cette promesse de grandeur se traduit par un plaisir d’utilisation réel ? Ou bien Giant Machines 2017 reste-t-il un jeu où le volume des véhicules impressionne plus que leur maniement, la mécanique plus que le plaisir ?
Le silence des chantiers
Giant Machines 2017 ne raconte pas d’histoire au sens traditionnel. Pas de héros, pas de dialogues marquants, encore moins de narration : ce que le jeu propose, c’est une série de missions fonctionnant comme un fil conducteur minimal. Chaque étape place le joueur derrière les commandes d’un engin colossal, du camion de mine au bras mécanique, jusqu’au transporteur de navette spatiale.
Ce semblant de progression scénarisée prend la forme d’un “mode campagne” composé de quatorze missions. L’enchaînement évoque une carrière imaginaire d’opérateur de machines géantes, mais il ne s’appuie sur aucun récit incarné ni sur de véritables personnages secondaires. L’histoire est réduite à des objectifs : creuser, transporter, soulever, assembler, déplacer.
Le seul véritable « personnage », ici, ce sont les machines elles-mêmes. Chaque engin possède une identité par son gabarit, sa puissance, ses commandes particulières. Le joueur ne s’attache pas à un pilote fictif, mais apprend à dompter l’inertie d’un camion de plusieurs tonnes ou la lenteur méthodique d’une grue. C’est une approche dénuée de dramaturgie, mais qui cherche à créer un sentiment de fascination brute devant la force mécanique.
Le poids de la manœuvre
La promesse de Giant Machines 2017 tient en une phrase : prendre en main les plus grosses machines industrielles jamais modélisées dans un jeu vidéo. Excavatrice à godets, bulldozer, foreuse géante, camion minier, grue télescopique ou transporteur de navette spatiale : chaque mission met le joueur face à l’inertie monumentale de ces colosses de métal. Le gameplay repose sur la lenteur et la précision, aux antipodes des simulateurs dynamiques ou des jeux de conduite nerveux. Ici, chaque geste se mesure, chaque mouvement exige d’anticiper le poids et la rigidité des engins.
Le level design, articulé autour de quatorze missions, enchaîne différents environnements qui servent de terrains d’exercice aux machines. Les objectifs consistent le plus souvent à accomplir des tâches répétitives : déplacer de la roche, creuser un passage, transporter un chargement, préparer le lancement d’une navette. L’approche se veut réaliste, mais elle sacrifie souvent le rythme : la lenteur volontaire des véhicules finit par transformer certaines séquences en épreuves de patience plus que de compétence.
Sur le plan du game design, Giant Machines 2017 ne cherche pas l’accessibilité. Les commandes sont multiples, parfois confuses, et imposent un temps d’adaptation considérable. Pour les passionnés de simulation mécanique, cet apprentissage peut être source de satisfaction ; pour les autres, il vire rapidement à la frustration. Le jeu assume une logique “hardcore” où chaque bouton a une fonction spécifique, mais cette exhaustivité se paye d’une ergonomie parfois rugueuse.
Le sentiment de progression est limité : en dehors de la découverte de nouveaux engins, il y a peu de variété dans les objectifs. Le plaisir provient surtout de l’émerveillement initial face à la taille des machines et à la possibilité de les contrôler. Mais une fois cette curiosité passée, l’expérience révèle ses limites : redondance des tâches, inertie écrasante, rythme brisé.
Un monde d’acier et de vacarme
Visuellement, Giant Machines 2017 se situe loin des standards actuels. Son moteur graphique affiche des environnements fonctionnels, mais dépouillés : textures datées, paysages vides, animations rigides. Les machines, pourtant au cœur du jeu, manquent de finesse dans leur modélisation et accusent un rendu parfois grossier. L’échelle colossale des engins reste impressionnante sur le papier, mais elle peine à s’imposer à l’écran tant la réalisation manque de détails et de mise en valeur.
La direction artistique privilégie le réalisme brut, mais ce choix se traduit davantage par de la monotonie que par de l’immersion. Les décors, répétitifs et ternes, accentuent l’impression de lenteur et finissent par étouffer le joueur dans une routine visuelle sans éclat. Le spectacle promis par la manipulation de ces mastodontes industriels s’en trouve amoindri.
Côté sonore, le constat est plus cohérent mais tout aussi minimaliste. Les rugissements de moteurs, les crissements métalliques, les vibrations sourdes des machines constituent l’essentiel de la bande-son. Ces bruitages fonctionnels créent une atmosphère crédible, mais ils saturent vite l’oreille. L’absence de véritable accompagnement musical laisse le joueur seul face au vacarme industriel, renforçant l’impression d’austérité. Là encore, le réalisme prime sur le plaisir, au risque de transformer l’expérience en exercice laborieux plutôt qu’en immersion captivante.
Les boulons qui grincent
Sur Xbox Series, Giant Machines 2017 profite d’une optimisation qui assure une exécution stable. Les temps de chargement sont courts et l’expérience reste fluide, mais aucun effort particulier n’a été fait pour moderniser l’aspect visuel ou la prise en main malgré les neufs qui séparent les deux sorties. Le portage conserve donc les qualités et surtout les défauts de son moteur d’origine.
Le contenu se limite à quatorze missions scénarisées et à un mode libre permettant de manipuler les machines sans contrainte d’objectifs. Si ce dernier offre une certaine liberté, il révèle aussi la pauvreté structurelle de l’ensemble : une fois la curiosité passée, peu d’incitations poussent à relancer le jeu. Aucun mode multijoueur n’a été intégré, privant l’expérience de la dimension coopérative qui aurait pu dynamiser les sessions.
Enfin, la rejouabilité est quasi inexistante. Le jeu ne propose pas de progression économique, pas de personnalisation des véhicules, pas de systèmes de gestion plus poussés. Chaque mission se boucle une fois, puis laisse peu de raisons d’y revenir. L’expérience reste donc figée, pensée comme une vitrine de mastodontes industriels plutôt que comme une simulation évolutive.

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