Adapté du manga culte de Hiro Mashima, EDENS ZERO prend le pari de transposer l’élan d’un shōnen galactique dans un action-RPG destiné aux consoles de nouvelle génération. Disponible depuis le 15 juillet 2025 sur Xbox Series, le titre signe une rencontre entre fidélité à l’œuvre originale et volonté de séduire un public vidéoludique plus large. Entre arcs narratifs fidèlement reproduits et missions inédites, entre batailles spatiales spectaculaires et exploration planétaire, le jeu s’impose d’emblée comme une curiosité pour les fans comme pour les néophytes. Mais derrière l’éclat de la licence et la promesse d’un voyage intersidéral, une question se pose : EDENS ZERO parvient-il à trouver sa propre voix, ou se contente-t-il de réciter un mythe déjà connu ?
Les étoiles d’un destin réinventé
Le cœur de EDENS ZERO repose sur la réinterprétation des grands arcs du manga et de l’anime, depuis la rencontre de Shiki Granbell et Rebecca Bluegarden jusqu’aux périples interstellaires qui jalonnent leur route vers Mother. La narration alterne entre scènes cinématiques fidèles aux planches d’Hiro Mashima et ajouts exclusifs conçus pour enrichir l’expérience vidéoludique. Le résultat est un récit à la fois connu et réinventé, où chaque planète devient un chapitre à part entière, chaque combat une étape dans la quête existentielle de ses héros.
Shiki, orphelin élevé par des machines sur la planète Granbell, conserve toute son énergie naïve et sa volonté inébranlable de protéger ses amis. Son rôle de protagoniste se traduit par un charisme lumineux, mais aussi par une certaine prévisibilité qui pourra séduire les amateurs de shōnen comme lasser ceux qui attendaient une écriture plus nuancée. Rebecca, journaliste galactique et créatrice de contenu, gagne en profondeur grâce à des dialogues supplémentaires qui soulignent ses doutes et son besoin de reconnaissance, au-delà de son rôle de simple acolyte.
L’équipage s’étoffe progressivement avec des figures hautes en couleur comme Happy, Pino, Homura ou Weisz. Le jeu prend soin de leur offrir des séquences dédiées, permettant d’explorer leur passé, leurs motivations et leurs dilemmes, dans une approche plus intime que ce que l’on pouvait attendre d’une adaptation. Cette volonté de donner de l’épaisseur aux compagnons contribue à renforcer l’attachement du joueur, chaque interaction venant rappeler que l’Edens Zero est avant tout une famille choisie.
Konami ose aussi quelques écarts narratifs, en insérant des arcs inédits qui placent Shiki face à des adversaires originaux, des pirates de l’espace aux mercenaires cybernétiques. Ces ajouts ne bouleversent pas la trame principale, mais offrent des respirations bienvenues et une occasion d’éprouver le groupe dans des contextes inattendus. Le parti pris fonctionne : loin d’être un simple copier-coller de l’œuvre papier, le jeu parvient à trouver un équilibre entre fidélité et expansion.
Toutefois, cette richesse peut aussi être une faiblesse. À vouloir condenser l’ensemble de la saga dans une seule expérience, EDENS ZERO multiplie les ellipses et accélère certains arcs emblématiques, ce qui risque de frustrer les connaisseurs. L’écriture, parfois trop didactique, cède par moments au poids de l’exposition, bridant l’émotion immédiate au profit d’une continuité rigoureuse. Un écueil qui n’annule pas les qualités de la narration, mais en souligne les limites.
Un cosmos façonné par le mouvement et la stratégie
L’expérience EDENS ZERO ne se limite pas à dérouler les arcs narratifs d’un shōnen intergalactique, elle repose sur un socle de mécaniques pensé pour traduire en jeu vidéo la démesure de l’univers d’Hiro Mashima. Konami a choisi la voie de l’action-RPG, avec un système de combat dynamique qui alterne attaques au corps à corps, compétences spéciales et enchaînements aériens. Chaque personnage jouable dispose d’un style propre : Shiki mise sur la gravité pour projeter ses adversaires dans des combos spectaculaires, Rebecca se spécialise dans les armes à distance et les esquives rapides, tandis qu’Homura propose un maniement du sabre fluide et incisif. Cette diversité offre une profondeur de jeu qui encourage l’expérimentation et la complémentarité.
L’une des grandes forces du titre réside dans la mise en avant de la mobilité. Courses murales, dashs multidirectionnels, sauts propulsés et enchaînements aériens deviennent autant d’outils pour maintenir la pression constante lors des affrontements. Cette insistance sur la verticalité donne aux combats une allure chorégraphiée qui sied parfaitement à l’esprit du manga. Mais cette richesse demande une certaine maîtrise : la caméra peine parfois à suivre l’intensité de l’action et les premières heures peuvent se révéler déroutantes pour les joueurs moins aguerris.
Le level design épouse cette logique de dynamisme. Chaque planète se décline en zones semi-ouvertes, jalonnées d’objectifs principaux et de quêtes secondaires. L’architecture des lieux privilégie les environnements à étages, mêlant exploration horizontale et verticale, afin de mettre en valeur la panoplie de mouvements des héros. Les donjons, conçus comme des défis autarciques, regorgent de pièges, de plateformes mobiles et d’ennemis positionnés de manière à forcer le joueur à exploiter pleinement ses capacités. Cette dimension rappelle parfois l’exigence d’un metroidvania, sans toutefois atteindre la même rigueur structurelle.
Konami a aussi intégré un système de progression pensé pour varier les approches. Les points d’expérience et les matériaux collectés permettent de débloquer de nouveaux enchaînements, d’améliorer les statistiques ou de renforcer l’efficacité des combos. Chaque membre de l’équipage peut ainsi être façonné selon le style de jeu du joueur, que ce soit dans une optique de puissance brute, de soutien stratégique ou de polyvalence. Cette liberté confère un sentiment d’appropriation appréciable, même si certains arbres de compétences manquent de créativité, se contentant d’offrir des bonus de dégâts ou de défense sans réelle surprise.
L’équilibrage, enfin, se révèle en demi-teinte. Si les boss brillent par leur mise en scène spectaculaire et leurs patterns exigeants, les ennemis de base manquent souvent de variété et finissent par donner une impression de répétition. La montée en difficulté n’est pas toujours progressive, certains pics surgissant sans prévenir et obligeant à un grind parfois artificiel. Malgré ces faiblesses, le jeu parvient à maintenir une tension constante, et les meilleures séquences de combat, où chaque coup, chaque saut et chaque esquive s’enchaînent avec fluidité, procurent ce frisson rare qui signe les grandes réussites du genre.
Une fresque cosmique aux éclats contrastés
Visuellement, EDENS ZERO s’emploie à restituer l’esthétique chatoyante du manga, tout en l’adaptant aux standards techniques d’une production Xbox Series. Chaque planète incarne un microcosme distinct : Granbell, avec ses allures de parc d’attractions abandonné, brille par son atmosphère mélancolique ; Norma, monde en ruines figé dans le temps, offre une palette plus sombre et oppressante ; Blue Garden, cité flottante et carrefour des aventuriers, séduit par son énergie urbaine foisonnante. Cette variété donne l’impression de voyager réellement à travers une galaxie vivante, et permet au joueur de ressentir la même excitation que les héros découvrant de nouveaux horizons.
L’animation, elle, se montre globalement fluide lors des combats, où la rapidité des déplacements et l’exubérance des attaques spéciales nécessitent une grande réactivité. Les effets visuels qui accompagnent les pouvoirs gravitationnels de Shiki ou les coups d’épée d’Homura frappent par leur intensité lumineuse, renforçant l’aspect spectaculaire des affrontements. Cependant, cette abondance d’effets a parfois un revers : lors des séquences les plus chaotiques, la lisibilité en souffre, l’écran saturant de particules et de lumières jusqu’à brouiller l’action.
Sur le plan artistique, Konami s’est efforcé de préserver l’esprit d’Hiro Mashima. Les modèles des personnages sont fidèles aux designs originaux, et les cinématiques reprennent la mise en scène énergique de l’anime, accentuée par des cadrages dynamiques et des transitions stylisées. Le cell-shading adopté confère un rendu hybride, à mi-chemin entre dessin animé et modélisation 3D, qui s’accorde bien avec l’univers. Pourtant, si l’ensemble reste convaincant, certains environnements secondaires manquent de détails et accusent une répétition de textures qui trahit un manque d’ambition dans la finition.
Côté bande-son, le résultat se révèle plus homogène. Les compositions originales mélangent nappes électroniques, percussions martiales et envolées orchestrales qui soulignent les moments clés de l’aventure. Les thèmes de boss se distinguent par leur intensité dramatique, tandis que les musiques d’exploration jouent davantage sur l’atmosphère, instillant une sensation de mystère ou d’émerveillement selon les lieux. Cette variété musicale permet de rythmer l’expérience et d’éviter la monotonie, même après plusieurs heures de jeu.
Le doublage, proposé en japonais avec sous-titres français, s’impose comme l’une des forces de cette adaptation. Les voix d’origine, portées par les comédiens de l’anime, restituent toute l’énergie et l’émotion des personnages, donnant aux dialogues une authenticité précieuse pour les fans. Les intonations de Shiki oscillent entre naïveté et détermination, celles de Rebecca expriment à la fois légèreté et fragilité, tandis que les antagonistes bénéficient d’un grain de voix théâtral qui accentue leur aura. L’absence de doublage français pourra décevoir certains joueurs, mais le choix du japonais reste cohérent avec l’identité de la licence et conserve une force expressive indéniable.
Les rouages techniques d’un voyage intersidéral
Sur le plan technique, EDENS ZERO profite des capacités de la Xbox Series pour offrir une expérience globalement fluide et stable. Le jeu tourne en 60 images par seconde la majorité du temps, même lors des affrontements les plus intenses, et propose deux modes graphiques : l’un privilégiant la résolution en 4K, l’autre misant sur la fluidité avec une résolution dynamique. Cette flexibilité permet à chacun d’adapter l’expérience à ses préférences, sans sacrifier l’essentiel. Toutefois, quelques chutes de framerate persistent dans certaines zones ouvertes particulièrement chargées en effets visuels, rappelant que le moteur n’est pas exempt de limites.
La gestion des temps de chargement constitue en revanche une belle réussite. Grâce au SSD de la console, les transitions entre planètes ou donjons sont rapides, renforçant l’immersion et évitant la frustration d’attentes prolongées. La navigation à bord de l’Edens Zero devient ainsi un plaisir constant, où chaque saut interstellaire s’effectue presque instantanément, traduisant à l’écran la vivacité d’un voyage cosmique.
Concernant la structure du contenu, Konami a opté pour une progression généreuse. Outre la trame principale, longue d’une trentaine d’heures, le jeu propose de nombreuses quêtes annexes, des contrats de chasse contre des créatures galactiques et des défis optionnels disséminés dans chaque monde. Si toutes ne se révèlent pas mémorables, certaines quêtes secondaires explorent des facettes inédites de l’équipage et confèrent une profondeur supplémentaire à l’univers. La rejouabilité est soutenue par un système de new game plus et par la possibilité de perfectionner ses builds de personnages grâce à la variété d’équipements et de compétences.
Le multijoueur, limité à un mode coopératif en ligne sur certaines missions spéciales, reste davantage une option qu’un pilier central. Les mécaniques de collaboration fonctionnent correctement, mais l’absence d’un véritable mode compétitif ou d’une intégration plus poussée réduit la portée de cette fonctionnalité. Pour un titre qui aurait pu capitaliser sur l’aspect communautaire des guildes, l’occasion semble partiellement manquée.
Enfin, la stabilité globale demeure satisfaisante. Peu de bugs majeurs viennent perturber l’expérience, si ce n’est quelques problèmes de collision et de caméra dans les environnements complexes. Ces défauts restent mineurs et n’entament pas véritablement le plaisir de jeu, mais rappellent que l’ensemble aurait pu bénéficier d’une finition plus méticuleuse.

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