Développé par Nippon Ichi Software, Cladun X3 arrive sur Nintendo Switch avec la même énergie anarchique que ses prédécesseurs. Héritier direct de la série née sur PSP, le jeu replonge dans les donjons de Cladun : This is an RPG, mais avec un ton plus radical. Ici, vous incarnez une âme errante réveillée à Arcanus Cella, un monde entre la mort et la réincarnation, où seuls les aventuriers obsédés par la gloire ou la vengeance reviennent combattre.
Sous ses airs de RPG rétro, Cladun X3 est tout sauf nostalgique. Nippon Ichi y prolonge son goût du chaos organisé : une progression libre, un système de classes d’une densité absurde, et des donjons générés comme des labyrinthes mentaux. Le jeu promet une personnalisation totale : héros, alliés, armes, magie, jusqu’à la bande-son. Tout peut être changé, tout peut être corrompu.
Mais derrière cette démesure, Cladun X3 parvient-il encore à transformer sa folie de systèmes en plaisir de jeu, ou n’est-il plus que le reflet caricatural de ce qu’il vénérait autrefois ?
Les âmes sans repos
Dans Cladun X3, tout commence par un retour. Vous êtes mort, mais pas effacé. Votre âme se réveille dans Arcanus Cella, un purgatoire pixelisé où les défunts s’accrochent à ce qu’ils n’ont pas su abandonner : la gloire, la vengeance, ou le besoin absurde de recommencer. Cet entre-deux n’est ni l’enfer ni le paradis, mais un terrain de jeu morbide où chaque guerrier tente de retrouver la paix en s’enfonçant dans les donjons. C’est là que Cladun X3 trouve son ton : celui d’un RPG qui parle de mort, mais avec la légèreté d’un jeu d’arcade.
La narration est minimale, mais elle fonctionne par ambiance. On parle peu, on agit beaucoup. Les dialogues, souvent pleins d’ironie et de détachement, évoquent les héros des anciens jeux de Nippon Ichi : des personnages conscients de leur absurdité, coincés dans une boucle de combats qu’ils ne cherchent même plus à comprendre. L’écriture ne cherche pas à émouvoir : elle installe une distance, presque une résignation. Ce monde ne promet rien, il propose juste de continuer.
Le joueur rencontre une galerie de silhouettes interchangeables : mages amnésiques, chevaliers sarcastiques, voleurs repentis. Tous viennent s’ajouter à votre équipe, tous sont personnalisables jusqu’au moindre pixel. C’est là l’une des forces de Cladun X3 : transformer la personnalisation en narration. Ce n’est pas un jeu où l’on découvre un héros ; c’est un jeu où on le fabrique. Votre groupe devient une extension de votre imagination, un théâtre miniature où chaque choix graphique ou statistique donne du sens à ce que vous voulez incarner.
Pourtant, derrière cette liberté totale, quelque chose d’étrangement mélancolique persiste. À force de tout pouvoir modifier, on finit par se perdre dans un système qui ne raconte plus rien. L’absence de progression scénaristique, assumée, finit par peser : les donjons se succèdent, les visages changent, mais le monde reste immobile. Comme si Arcanus Cella n’était pas un lieu à quitter, mais une prison à habiter.
Le labyrinthe intérieur
Sous ses airs de RPG rétro, Cladun X3 cache une structure d’une complexité fascinante. Tout tourne autour d’un principe simple : descendre, combattre, mourir, recommencer. Chaque donjon devient un terrain d’expérimentation où la vitesse, la précision et la préparation font la différence. Le jeu ne cherche pas à séduire par sa mise en scène ; il hypnotise par sa mécanique.
Le système de combat, en temps réel, conserve la nervosité brute de la série. Chaque coup compte, chaque erreur se paie, et la moindre hésitation transforme une victoire en effondrement. Le rythme est sec, sans fioriture : pas de mise en pause, pas de complaisance. On y retrouve ce mélange typiquement Nippon Ichi : une difficulté qui frôle parfois le sadisme, mais toujours équilibrée par un sens du rythme impeccable.
Autour de ce cœur battant se déploie la véritable folie du jeu : la Matrix Formation, un système d’optimisation où le joueur place ses alliés autour du héros pour modifier ses statistiques, son équipement et ses résistances. Chaque configuration devient une stratégie en soi : on y passe des heures à ajuster, à tester, à perfectionner. Cladun X3 ne récompense pas la chance ; mais l’obsession.
Les donjons, courts mais denses, adoptent une construction modulaire. Pas de gigantisme inutile : des arènes piégées, des salles remplies de coffres, des ennemis placés comme des énigmes. L’objectif est clair : finir vite, mourir peu, recommencer mieux. Le jeu encourage la vitesse au point d’en faire une philosophie : chaque centième de seconde devient une victoire, chaque run un perfectionnement.
Le level design s’inscrit dans une tradition artisanale : précis, lisible, mais sans surprise. On navigue dans des labyrinthes volontairement dépouillés, plus proches d’un puzzle mécanique que d’un monde vivant. Les pièges, souvent cruels, servent moins à punir qu’à enseigner. Le joueur apprend en échouant, et c’est dans cet échec répété que Cladun X3 trouve sa personnalité : un jeu qui transforme la répétition en plaisir.
Cette rigueur se prolonge dans la personnalisation extrême. Chaque personnage, chaque arme, chaque note de musique peut être modifié. On compose littéralement son jeu, jusqu’à redessiner ses sprites. Cet aspect, déjà présent dans Cladun Returns, atteint ici une ampleur vertigineuse. L’outil de création devient un prolongement du gameplay : un espace de maîtrise totale qui finit par absorber toute autre ambition.
Mais c’est aussi sa limite. À force de tout vouloir contrôler, Cladun X3 perd parfois la magie de l’imprévu. On admire le système, on respecte sa précision, mais on peine à s’y abandonner. La perfection devient un carcan.
Sur Switch, le portage se montre solide. Les commandes répondent parfaitement, les chargements sont courts, et la fluidité reste constante, même dans les donjons les plus saturés. Le jeu tient dans la main comme un objet de collection : compact, soigné, exigeant.
La clarté du pixel et la fureur du rythme
Graphiquement, Cladun X3 assume pleinement sa nature rétro. Le pixel art n’y sert pas la nostalgie mais la lisibilité : chaque élément, chaque coup, chaque projectile s’identifie instantanément. Le jeu privilégie la clarté à la beauté, la précision à la séduction. Les donjons, eux, se déclinent dans une palette volontairement simple qui fait ressortir les sprites détaillés et les effets d’impact. C’est un style fonctionnel, presque spartiate, mais qui soutient parfaitement le tempo nerveux du jeu.
Sur Nintendo Switch, le rendu est impeccable. Les textures tiennent sans bavure, les couleurs éclatent sur l’écran OLED, et les combats conservent une fluidité constante, même dans les configurations les plus chargées. La lisibilité reste exemplaire, et c’est peut-être là le plus grand atout du jeu : rien n’échappe à l’œil, rien n’encombre l’action. L’esthétique, volontairement figée, garde pourtant une élégance artisanale, héritée des vieux titres de Nippon Ichi. On sent une équipe qui maîtrise son outil et refuse l’esbroufe.
Les animations trahissent parfois le budget modeste. Les mouvements sont rigides, les transitions abruptes, et certains effets visuels manquent de finesse. Rien de gênant dans le cadre du gameplay, mais cette économie de moyens renforce la froideur globale. Cladun X3 est efficace, mais jamais spectaculaire : un jeu qui parle au joueur par le geste, pas par le regard.
La bande-son, en revanche, est l’une des grandes réussites du titre. Fidèle à l’esprit NIS, elle mêle instruments chiptune et percussions modernes dans un mélange à la fois entraînant et ironique. Chaque donjon possède son propre rythme : certaines pistes évoquent la tension, d ’autres la dérision. Ce contraste permanent crée une atmosphère unique, presque absurde, entre le tragique des âmes damnées et la légèreté d’un jeu d’arcade.
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