Développé par Permanent Way Game Co. et édité par Blowfish Studios, Blood of Mehran est sorti sur Xbox Series X|S le 7 octobre 2025. Le jeu s’inspire explicitement des contes des Mille et une nuits et inscrit son action dans une Mésopotamie mythique : le guerrier légendaire Mehran doit reprendre les armes après avoir abandonné son épée pour retrouver ce qu’il a perdu.
La promesse est claire : mêler hack-and-slash, furtivité et exploration dans un monde oriental rêvé. Mais ce voyage exotique parvient-il à transcender ses ambitions modestes pour offrir une expérience digne de la légende ?
Les ombres d’un mythe brisé
Blood of Mehran s’ouvre sur les ruines d’un empire consumé par sa propre gloire. Mehran, guerrier déchu, marche à travers un monde vidé de sens, hanté par le souvenir de ce qu’il a détruit. Le jeu adopte un ton grave, presque religieux, et transforme chaque cinématique en prière pour un âge disparu. On comprend rapidement que cette quête n’est pas celle d’un héros, mais d’un homme en fuite devant son passé.
La narration, épurée jusqu’à l’os, cherche la symbolique plus que le drame. Chaque échange, chaque fragment de texte évoque la perte, le remords, la fatalité. Mais cette austérité finit par absorber toute émotion : les dialogues se succèdent sans tension, les personnages secondaires glissent comme des mirages dans le désert. On voudrait sentir le poids de leurs histoires, on n’en perçoit que l’écho.
Mehran lui-même reste une énigme. Non pas par profondeur, mais par silence. Son mutisme, son absence de nuance, son regard toujours fixe en font une icône figée plutôt qu’un protagoniste. Ses rares compagnons n’existent que dans la fonction qu’ils remplissent : guide, témoin, obstacle. Leurs mots se perdent dans une mise en scène trop rigide pour les faire vivre.
Il y a pourtant dans cette froideur une forme d’honnêteté. Blood of Mehran n’essaie pas de séduire ; il expose. Il raconte la ruine sans espoir de rédemption, la gloire vidée de sens. Un conte de poussière et de silence, magnifiquement ambitieux dans l’intention, mais incapable d’y insuffler le souffle nécessaire à la tragédie qu’il prétend incarner.
Le poids du sable et du sang
Dans Blood of Mehran, tout repose sur la confrontation. L’épée trace la ligne directrice du récit, et chaque affrontement devient une métaphore de cette lutte contre le temps et la culpabilité. Le gameplay s’inscrit dans la tradition du hack-and-slash à la troisième personne : coups rapides, parades, esquives, gestion d’endurance et exécution de combos. Sur le papier, la formule semble solide. En pratique, elle peine à convaincre.
Les combats manquent de fluidité. Les animations rigides, la latence entre les attaques et le manque de précision des impacts trahissent un système qui n’a pas trouvé son rythme. On sent l’intention : donner du poids à chaque coup, du réalisme à chaque mouvement ; mais l’exécution reste lourde, presque anachronique. Le joueur oscille entre la frustration et la fascination : frustration devant la raideur du système, fascination pour cette violence lente, presque rituelle, qui confère au jeu une étrangeté hypnotique.
Les mécaniques d’exploration reprennent les codes classiques du genre : zones semi-ouvertes reliées par des couloirs, coffres à fouiller, secrets à découvrir. Pourtant, tout semble trop figé pour susciter la curiosité. Les environnements, superbes en apparence, se traversent plus qu’ils ne s’habitent. Peu d’interactions, peu de variété : on regarde, on avance, on combat. Là encore, l’intention dépasse la maîtrise.
Le système de progression, basé sur l’amélioration d’armes et de compétences, souffre du même déséquilibre. L’évolution de Mehran se fait à pas lents, sans véritable montée en puissance ; le sentiment de progression se dilue dans une boucle monotone. Même les affrontements contre les chefs ennemis, censés incarner des temps forts, se ressemblent trop pour marquer durablement.
Pourtant, sous cette rugosité, quelque chose résiste. Il y a dans la rigidité du gameplay une cohérence avec le propos : ce monde est brisé, son héros aussi. Chaque combat devient une épreuve, chaque victoire un effort arraché à la fatigue. Ce n’est pas du grand spectacle, c’est une lente agonie héroïque. Mais dans un genre saturé de fluidité et d’efficacité, ce choix de lenteur finit par condamner le jeu à l’oubli.
La poussière et la lumière
Visuellement, Blood of Mehran marque par sa cohérence avant sa beauté. Le monde qu’il dépeint n’a rien d’un paradis perdu : c’est un désert d’or et de pierre, traversé de ruines qui semblent saigner la lumière. L’esthétique puise dans les mythes persans et mésopotamiens sans jamais tomber dans le pastiche. Les architectures massives, les tissus déchirés, les reflets sur les armures racontent un univers au bord de l’effacement. Ce n’est pas un jeu qui cherche à éblouir, c’est un jeu qui veut qu’on ressente la chaleur du sable sous les pas.
La direction artistique fait des merveilles… quand le moteur ne la trahit pas. Les textures sont fines, les effets de lumière maîtrisés, mais les modèles humains manquent d’expressivité, et certaines animations datées rappellent la modestie du budget. Les panoramas respirent la solitude, les intérieurs manquent de vie. On alterne ainsi entre des éclats de grandeur visuelle et des zones creuses, vides, où la mise en scène s’éteint.
La mise en scène souffre du même contraste : quelques séquences filmées avec un sens réel du cadre côtoient des dialogues figés, sans direction d’acteurs. Le résultat, c’est une beauté intermittente : un monde superbe à regarder, mais rarement habité.
Côté sonore, la réussite est plus nette. La bande originale, entre percussions sèches et instruments à cordes orientaux, accompagne le joueur comme une incantation. Les thèmes reviennent, se transforment, s’effacent dans un souffle de vent. C’est dans cette musicalité que le jeu trouve son âme. Les bruitages, eux, renforcent la matérialité du monde : sabre qui s’enfonce, cuir qui craque, vent qui râpe les murs. Le mixage est juste, presque organique.
Le doublage, minimaliste, se limite à l’essentiel mais soutient la gravité du ton. Peu de mots, mais une vraie présence vocale. Dans son ensemble, Blood of Mehran impressionne moins par sa technique que par sa texture sensorielle : un jeu rugueux, sec, cohérent jusque dans ses défauts.

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