Sorti le 14 février 2024, Arzette: The Jewel of Faramore est l’ouvrage étonnant du jeune studio américain Seedy Eyes Software, qui signe ici un premier jeu aussi surprenant qu’inclassable. Se revendiquant fièrement comme le successeur spirituel de deux des titres les plus infâmes de l’histoire vidéoludique — Link: Faces of Evil et Zelda: Wand of Gamelon sur CDI — le projet semble, au premier abord, un pari aussi insensé qu’incompréhensible.
Pourquoi rendre hommage à de telles reliques de disgrâce ? Le mystère demeure. Mais peu importe, car là où tout portait à croire en un naufrage annoncé, Arzette: The Jewel of Faramore parvient au contraire à surprendre, transformant une blague en un véritable jeu d’aventure respectueux et enthousiasmant.
Un avertissement s’impose toutefois : le voyage n’est pas à mettre entre toutes les mains. Derrière son humour et ses clins d’œil appuyés au passé, Arzette cache une œuvre exigeante, imparfaite, mais portée par un sérieux impressionnant et une véritable dévotion à son étrange héritage.
La princesse solitaire et l’éclat brisé de Faramore
Arzette: The Jewel of Faramore vous plonge dans un récit épique aux allures de conte désabusé. Dans le Royaume de Faramore, Arzette et son compagnon d’armes Dail avaient jadis vaincu le sinistre sorcier Daimur, dont l’âme fut scellée dans un joyau brisé en cinq fragments, disséminés aux quatre coins du monde.
Dix ans plus tard, la menace renaît : Nodelki, ancien félon repenti devenu homme de ménage au château, parvient à réunir les éclats, libérant une fois de plus Daimur. Mais cette fois, Arzette est seule. Tandis que Dail s’abandonne à la vie insouciante de barde paresseux, la princesse reprend l’épée, prête à affronter l’ombre grandissante.
L’histoire de Arzette surprend par la richesse de son traitement narratif. Chaque PNJ, aussi anecdotique soit-il, bénéficie de sa propre séquence animée et doublée, preuve éclatante de l’engagement sans faille du studio à donner vie à son univers. Les cinématiques, parfois volontairement grotesques pour mieux singer leurs ancêtres spirituels, témoignent d’une passion sincère et d’un soin constant dans la mise en scène.
Même l’interaction avec le monde, simplifiée par l’usage de l’épée de vérité — arme qui frappe les ennemis et interpelle les alliés — montre une réflexion intelligente sur l’intégration du gameplay et de la narration. Tout ici respire l’envie de rendre hommage sans sombrer dans la parodie gratuite, et cette fidélité au projet de départ confère à l’aventure une identité singulière et attachante.
Un héritage corrigé, une aventure semée d’embûches
Dès ses premiers pas, Arzette: The Jewel of Faramore affiche une compréhension étonnante de son héritage. Le jeu adopte une structure de sidescroller 2D, teintée de mécaniques empruntées aux Metroidvania, où exploration, collecte d’objets et progression par capacités débloquées viennent se mêler à l’action.
Le joueur est rapidement invité à casser des piliers, traquer des généraux et explorer des zones entières à plusieurs reprises pour y dénicher trésors cachés et secrets bien dissimulés. Chaque acquisition — bottes de saut, bracelet de pouvoir, bouclier — ouvre de nouvelles possibilités, dans une logique de progression bien ancrée et savamment dosée.
Par petites touches, Arzette vient gommer les défauts les plus criants de ses prédécesseurs maudits : plus besoin de farmer péniblement des ressources, plus de combats absurdes contre des ennemis invulnérables sans équipement adapté. Les orbes de puissance remplacent la lourdeur du farming, et l’inventaire grandissant offre une vraie sensation de montée en puissance.
Mais à vouloir rester trop fidèle à ses modèles, le jeu trébuche parfois sur les mêmes pierres. Les quêtes secondaires sont souvent opaques, les indications rares, et il n’est pas rare de devoir arpenter inlassablement les mêmes niveaux à la recherche d’un détail oublié. Les zones sombres et les gouffres piégés, héritage bancal du rétro gaming, viennent hacher l’expérience, offrant des séquences de Die & Retry frustrantes et dépassées.
La courbe de difficulté, elle aussi, oscille entre le dérisoire et l’absurde. Certains passages réclament une précision démesurée, tandis que les boss — pourtant superbement dessinés — se laissent battre avec une facilité déconcertante, ternissant la montée en tension que le jeu tente d’installer.
En maîtrisant parfaitement ses niveaux, il est possible de boucler l’aventure en moins de deux heures, révélant un contenu certes dense en qualité, mais bien maigre en durée. Pour les explorateurs méthodiques, la quête triple presque de longueur… mais uniquement au prix de longues errances forcées, bien plus frustrantes que gratifiantes.
Un monde bancal au charme indéniable
Difficile d’évoquer Arzette: The Jewel of Faramore sans s’arrêter sur son esthétique volontairement dissonante. Reprenant l’esprit des infâmes opus CDI, le jeu propose des cinématiques dessinées à la main, oscillant sans cesse entre hommage affectueux et pastiche maladroit.
Certaines séquences capturent parfaitement la maladresse visuelle d’époque, avec des personnages aux mouvements raides et des expressions exagérées qui rappellent les heures les plus sombres du rétro gaming. Mais ailleurs, le trait dérape, donnant naissance à des scènes grossièrement brossées, où l’hommage se mue en approximation bâclée.
Pourtant, malgré ces soubresauts graphiques, la direction artistique générale est d’une cohérence remarquable. Les différents biomes, foisonnants de détails minuscules, vibrent d’une vie discrète mais tangible. Chaque niveau semble patiemment composé, reflétant un amour sincère pour l’univers construit, même lorsque le style volontairement « mal dessiné » vient contrarier la beauté intrinsèque de certains paysages.
L’aspect sonore, discret mais appliqué, accompagne l’ensemble sans fausse note. Les doublages anglais, imparfaits mais investis, renforcent l’identité burlesque du jeu sans jamais sombrer dans la moquerie gratuite.
À force d’équilibre fragile entre respect et caricature, Arzette: The Jewel of Faramore parvient à créer une atmosphère unique, pleine de contradictions assumées, où la maladresse devient parfois un art en soi.
Un bijou imparfait dans son écrin de nostalgie
Derrière son ambition d’hommage sincère, Arzette: The Jewel of Faramore révèle un équilibre fragile entre respect du passé et limitations structurelles. Chaque choix de design semble animé par la volonté de rester fidèle à l’esprit des jeux CDI, quitte à conserver quelques-unes de leurs erreurs de conception.
Les quêtes secondaires, souvent obscures et peu documentées, conduisent à d’interminables errances dans des niveaux déjà traversés, nuisant à la fluidité de l’exploration. De même, les zones sombres et les pièges invisibles ressuscitent les pires travers du Die & Retry, frustrant inutilement une progression autrement bien pensée.
La durée de vie, quant à elle, oscille dangereusement entre deux extrêmes : à peine deux heures pour qui connaît la solution, et le triple pour les joueurs cherchant à tout découvrir sans guide, au prix d’un temps de jeu artificiellement gonflé par l’absence d’indications.
Sur le plan purement technique, malgré quelques maladresses visuelles volontaires, Arzette reste parfaitement fluide, sans ralentissements notables, offrant une expérience stable et cohérente avec ses ambitions modestes.
Malgré ses défauts persistants, Arzette: The Jewel of Faramore conserve un charme désarmant, celui d’un projet mené à bien par une équipe passionnée, prête à relever le défi impossible de redonner une seconde vie à des souvenirs que beaucoup préféraient oublier.
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