Développé par Paper Castle Games et édité par Fellow Traveller, Wander Stars est disponible sur Nintendo Switch depuis le 19 septembre 2025. Le jeu suit Ringo, experte du Kiai partie à la recherche de son frère, aux côtés de Wolfe, un fugitif lancé sur la piste des fragments de la carte légendaire Wanderstar. L’aventure se découpe en dix épisodes et affiche d’emblée son amour pour les anime d’action à l’ancienne.
Mais Wander Stars ne repose pas seulement sur son emballage. Sa vraie idée est ailleurs, dans ce système de combat qui vous demande de combiner des mots pour fabriquer vos propres techniques. Le jeu ne cherche donc pas à séduire uniquement par son énergie, ses couleurs ou sa nostalgie. Il essaie de faire du langage lui-même une mécanique de progression, presque une manière de penser le combat. Sur le papier, l’idée est excellente. Reste à voir si le jeu sait lui donner assez de tenue pour porter toute l’aventure, et pas seulement quelques très bons moments.
Des héros qui vivent par leur élan
Sur le papier, Wander Stars raconte quelque chose de très simple. Ringo cherche son frère disparu, Wolfe poursuit les fragments de la carte légendaire Wanderstar, et leur route commune se transforme peu à peu en voyage à travers dix épisodes. Cette base donne au jeu un vrai mouvement, une direction claire et, surtout, une raison de faire exister ses personnages autrement que comme de simples silhouettes shonen.
Ringo porte d’ailleurs l’aventure avec une évidence assez rare. Son énergie, sa sincérité et sa manière d’entrer de front dans chaque situation lui donnent immédiatement du relief. Elle n’est pas seulement la figure enthousiaste attendue de ce type de récit. Elle a aussi cette ténacité presque naïve qui empêche le jeu de basculer dans la parodie pure. En face, Wolfe fonctionne très bien comme contrepoids. Plus sec, plus opaque, plus intéressé au départ par son propre intérêt que par le reste, il donne à leurs échanges une tension légère mais constante, qui suffit à faire vivre le duo bien au delà de son point de départ.
Ce qui fonctionne surtout, c’est la manière dont Wander Stars traite sa matière. Le jeu aime ouvertement les vieux codes de l’anime d’aventure, les grands élans, les exagérations, les rivalités, les figures hautes en couleur. Mais il ne s’y enferme pas. Il sait aussi faire passer quelque chose de plus tendre, parfois même de plus mélancolique, dans ce rapport au manque, à la fraternité et aux erreurs qu’on traîne derrière soi. C’est ce mélange qui donne au récit sa meilleure tenue. Il peut être drôle, absurde, bavard, puis retrouver sans prévenir une émotion beaucoup plus juste.
Cette écriture a pourtant sa limite. Wander Stars aime parler, beaucoup; et son rythme narratif en souffre parfois. Certaines séquences s’étirent davantage qu’elles ne devraient, certains dialogues prennent le temps de poser leur charme alors que l’aventure aurait parfois besoin d’aller plus vite. Le jeu compense souvent cela par la chaleur de son casting et par la qualité de son ton général, mais il lui arrive tout de même de confondre générosité et longueur.
Reste que l’essentiel est là. Wander Stars ne construit peut-être pas l’histoire la plus tendue ni les personnages les plus complexes du genre, mais il leur donne assez de cœur pour que l’on accepte de les suivre loin. Et dans un jeu qui repose autant sur l’élan, le rythme et le plaisir de voir son univers tenir debout par sa seule énergie, ce n’est pas un détail. C’est même sans doute sa première victoire.
Les mots pour frapper… et pour exclure
Le cœur de Wander Stars est aussi sa meilleure idée. Tout repose sur un système de combat qui vous demande de fabriquer vos techniques à partir de mots, en combinant actions, éléments et effets selon la place disponible et selon votre niveau d’esprit. Sur le principe, c’est brillant. Le jeu ne se contente pas de vous faire choisir une attaque dans une liste. Il vous pousse à la composer, à la modeler, à chercher la bonne formule en fonction de l’ennemi, de ses résistances et du temps de recharge de chaque terme. Très vite, on comprend que le plaisir de jeu ne vient pas seulement de la victoire, mais de la sensation de construire soi-même son propre langage de combat.
Et cette idée tient réellement sur la durée. Wander Stars ne repose pas sur une jolie trouvaille qui s’épuiserait au bout de deux heures. La progression ajoute de nouveaux mots, élargit l’arsenal disponible et oblige à repenser régulièrement ses combinaisons. Il y a une vraie fraîcheur dans cette manière de faire du verbe une ressource tactique. Le jeu devient alors très attachant, parce qu’il retrouve quelque chose de l’élan shonen qu’il invoque sans cesse : le plaisir de nommer ses coups, de les amplifier, de leur donner une existence presque théâtrale avant de les envoyer au visage de l’adversaire.
Mais cette mécanique ne va pas aussi loin qu’elle le devrait. Plus on avance, plus on sent que la liberté promise reste malgré tout très encadrée. Les combinaisons sont nombreuses, certes, mais leur folie demeure relative; et le système finit par tourner dans un espace plus limité qu’espéré. C’est là que Wander Stars cesse d’être grisant pour redevenir simplement malin. Il reste plaisant, souvent même très plaisant, mais il ne pousse pas son idée jusqu’au point où elle aurait pu devenir totalement euphorique.
Mais il y a son vrai point noir, celui qu’on ne peut absolument pas reléguer en fin de test comme un détail secondaire. Celui qui est même rédhibitoire. Le jeu est proposé uniquement en anglais. Rien d’autre. Or ici, cette décision purement pécuniaire est bien plus grave qu’une simple absence de confort pour le public francophone. Wander Stars est un jeu qui repose sur les mots. Il demande de comprendre immédiatement ce qu’ils signifient, ce qu’ils produisent, ce qu’ils suggèrent ensemble; et comment ils peuvent être détournés pour créer des techniques efficaces. L’absence de français ne gêne donc pas seulement la lecture des dialogues ou la compréhension du scénario. Elle touche directement la mécanique centrale du jeu. Elle rend son idée la plus brillante moins accessible, moins instinctive, et donc moins forte pour une partie entière de son public. C’est un défaut majeur. Un très gros défaut, même.
Un anime qui vit mieux que la machine qui le porte
Visuellement, Wander Stars touche juste presque immédiatement. Le jeu a compris qu’il ne suffisait pas d’emprunter quelques codes aux vieux anime pour retrouver leur saveur. Il fallait aussi en capter le mouvement, la chaleur et cette manière très directe de faire exister un monde avec quelques couleurs franches, des silhouettes lisibles et une mise en scène explosive. Sur ce point, Paper Castle Games signe quelque chose de très cohérent. Le jeu ressemble moins à une imitation paresseuse qu’à une véritable déclaration d’amour à toute une imagerie de la fin des années 80 et des années 90.
Ce qui fonctionne le mieux, c’est la façon dont cette identité visuelle reste liée au système lui-même. Les combats n’ont pas seulement du style dans l’absolu. Ils ont ce qu’il faut d’impact, de lisibilité et d’exagération pour faire exister chaque mot comme une petite scène de shonen. Les effets, les transitions, les postures et le découpage général donnent régulièrement au jeu ce relief très particulier des séries d’animation qui savent vendre un coup avant même qu’il parte. Wander Stars ne cherche pas la sophistication graphique à tout prix. Il préfère la personnalité, et il a raison.
La bande son accompagne très bien ce choix. Le jeu profite d’une musique composée par Sayth Vashra avec des contributions de Stijn van Wakeren, dans un registre nourri de jazz fusion, de prog rock et de city pop japonaise. Cela pourrait n’être qu’un affichage d’intentions. Ce n’est pas le cas. La musique a du nerf, de l’élan, parfois même un vrai sens de la relance, ce qui colle parfaitement à cette aventure pensée comme une vieille série télé pleine de rebonds et d’effets d’annonce. Elle n’imprime pas toujours par un thème majeur inoubliable, mais elle donne au jeu une couleur constante, et c’est déjà beaucoup.
Là où le bât blesse, surtout sur Nintendo Switch, c’est que toute cette identité se heurte à une technique qui ne suit pas. Le jeu a du charme, oui, mais il ne le protège pas de ses accrocs. Stuttering, ralentissements en combat quand l’écran se charge un peu trop, animations bancales, bugs plus visibles qu’ils ne devraient l’être, et même quelques cas de blocage complet viennent régulièrement rappeler que cette version manque de tenue. C’est d’autant plus dommage que Wander Stars repose énormément sur son rythme. Dès que celui-ci se fissure, c’est une partie de sa grâce qui s’échappe avec lui.
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