Sorti le 10 septembre 2019 sur Nintendo Switch, Blasphemous, développé par The Game Kitchen, vous plonge dans un univers de souffrance divine et de pénitence, avec un gameplay inspiré des classiques Metroidvania et Soulsborne. Dans un monde où le sacré et le grotesque se rencontrent, le joueur prend le rôle du Pénitent, un héros sans voix, empli de douleur et d’un désir de rédemption. Mais, malgré une ambiance splendide et une narration cryptique mais fascinante, Blasphemous parvient-il à offrir une expérience originale et aboutie, ou reste-t-il un produit comme tant d’autres dans le genre ? C’est ce que nous allons découvrir.
Péché, souffrance et rédemption perdue
L’histoire de Blasphemous est l’une de celles qui ne se dévoile que par bribes, à travers des fragments cryptiques et des symboles religieux, où chaque quête est teintée de culpabilité, de souffrance et d’un désir de rédemption impossible. Vous incarnez le Pénitent, un héros masqué, porteur de l’épée Mea Culpa, une arme sacrée qui incarne la douleur et la pénitence. Le monde de Custodia, dévasté par le Miracle, est devenu un lieu où la souffrance est l’ultime rédemption. Les péchés sont incarnés par des créatures déformées, et les saints eux-mêmes sont défigurés, transformés en êtres à la fois divins et grotesques.
La narration est volontairement floue et délibérément obscure. L’histoire se dévoile au travers des dialogues minimaux, des scènes de transition et des rencontres avec les différents habitants de Custodia, souvent des figures à la fois sacrées et horrifiantes. Le manque de clarté n’est pas une faiblesse, mais une invitation à décoder, à lire entre les lignes et à accepter la confusion qui règne dans ce monde. La quête du Pénitent n’est pas simplement une recherche de vengeance ou de pouvoir, mais un voyage intérieur, une quête de sens dans un univers figé dans la décadence.
Les personnages, bien que peu nombreux, sont tous fascinants par leur nature déchue. Du frère Genuflexion aux créatures du Miracle, chaque rencontre est un affrontement contre la douleur, contre la rédemption, et contre un destin inéluctable. Ce manque de réels héros, à l’exception de quelques figures transitoires, renforce l’impression que ce monde est irréparable et que l’espoir ne peut surgir que d’une quête désespérée.
Lame sacrée et exploration sans retour
Blasphemous s’inscrit dans le genre Metroidvania, offrant un monde interconnecté où chaque zone, une fois explorée, révèle de nouveaux secrets à travers des pouvoirs et compétences débloqués au fur et à mesure de la progression. Le principe de base, qui consiste à parcourir un monde à la fois ouvert et labyrinthique, rappelle les grands classiques du genre, mais Blasphemous parvient à y injecter son propre ADN grâce à un level design à la fois précis et claustrophobique. L’architecture des niveaux est ingénieuse, avec des zones distinctes qui forcent le joueur à revenir sans cesse sur ses pas pour déverrouiller de nouvelles capacités.
Le système de progression, bien que classique, se distingue par son aspect difficile et implacable. Le Pénitent gagne des améliorations qui l’aident à franchir de nouvelles barrières : des sauts plus longs, des attaques plus puissantes, mais aussi de nouveaux sorts qui enrichissent le combat. Cependant, cette évolution n’est pas sans souffrance. La courbe de difficulté est âpre, et le jeu n’hésite pas à vous punir sévèrement pour chaque faux pas. La mécanique die & retry, inspirée de Dark Souls, vous place devant des ennemis redoutables et des boss gigantesques, où la moindre erreur peut coûter très cher.
Les combats sont au cœur de l’expérience, et le système de garde, d’esquive et de contre-attaque fonctionne à merveille. Le timing des attaques et des parades devient crucial, et la maîtrise de ces mécaniques est récompensée par une expérience fluide et dynamique. Toutefois, le manque de diversité dans les ennemis, qui restent souvent des variantes des mêmes créatures, nuit à la variété des affrontements. Les boss, bien que mémorables et impressionnants dans leur design, restent souvent figés dans des mécaniques assez simples qui peuvent rendre certains combats répétitifs après plusieurs heures de jeu.
Le jeu se distingue par son exploration poussée, où chaque recoin peut receler des secrets, mais la difficulté monte en flèche à mesure que vous avancez. Le fait que chaque point de sauvegarde ramène les ennemis à la vie, comme dans Soulsborne, ajoute une touche de tension supplémentaire à l’expérience, mais elle peut aussi devenir frustrante. Les checkpoints sont bien placés, mais le retour des ennemis, allié à la faible marge d’erreur dans les combats, peut rendre certaines sections très difficiles.
Le système de progression du personnage est également limité par un manque de diversité dans les objets à collectionner et les améliorations à acquérir. À mi-parcours du jeu, la sensation de puissance arrive, mais elle arrive trop tard, ce qui peut ternir l’expérience de ceux qui auraient aimé un défi plus équilibré dès le début.
Esthétique divine et sonorités célestes
Visuellement, Blasphemous est une œuvre d’art en pixel art, sublime et empreinte de gravité. Le jeu s’inspire de l’iconographie religieuse, et chaque recoin du monde de Custodia est imprégné d’une atmosphère de décadence sacrée. Les designs des personnages et des créatures, à la fois grotesques et magnifiques, parviennent à capturer toute la souffrance et l’horreur d’un monde figé dans le péché. Les environnements, qu’ils soient des temples en ruines, des forêts macabres ou des cavernes abandonnées, sont magnifiquement détaillés et offrent une variété de décors qui renforcent l’immersion.
Chaque élément visuel dans Blasphemous a été pensé pour participer à l’histoire : les ombres portées sur les murs, les éclats lumineux qui percent l’obscurité et les couleurs vives qui mettent en avant l’horreur. Les boss sont particulièrement impressionnants par leur taille et leur design, chacun incarnant une divinité déchue ou une créature démoniaque, et leur rencontre constitue toujours un spectacle visuel saisissant. L’ensemble reste cohérent, et même si le pixel art peut paraître minimaliste, il est d’une beauté crue et détaillée, contribuant à l’atmosphère générale du jeu.
Sur le plan sonore, Blasphemous se distingue par une bande-son épique et religieuse, signée par Carlos Viola, qui complète magnifiquement l’ambiance visuelle du jeu. Les morceaux orchestraux mêlés à des chants liturgiques renforcent l’aspect sacré et terrifiant de l’univers. Chaque zone, chaque moment clé de l’aventure est accompagné par des compositions qui apportent une dimension émotionnelle forte. La musique, bien qu’assez minimaliste par moments, s’intensifie lors des combats contre les boss, transformant chaque affrontement en une scène théâtrale saisissante.
Les effets sonores, à la fois doux et percutants, ajoutent à l’immersion, que ce soit le bruit des épées frappant les ennemis, les bruits de pas dans des couloirs vides, ou les sons des environnements qui semblent toujours vivants. Le jeu sait aussi se taire au bon moment, laissant place au silence pour accentuer l’horreur de la solitude et de la souffrance.
Cependant, malgré la beauté visuelle et sonore indéniable, l’absence de doublage vocal peut parfois nuire à l’immersion. Les dialogues, bien qu’écrits de manière poétique, auraient gagné à être accompagnés de voix pour renforcer l’impact dramatique des moments clés.
Souffrance sans répit et exploration solitaire
Blasphemous se distingue par son approche difficile mais gratifiante du Metroidvania. Le jeu vous pousse à explorer un monde interconnecté où chaque recoin est une invitation à découvrir des secrets, tout en offrant des défis constants. Le manque de handholding et la difficulté élevée du titre en font un jeu exigeant, à la manière des Soulsborne, mais cette difficulté peut parfois devenir un frein à l’appréciation. Si la souffrance et l’échec font partie intégrante de l’expérience, le jeu ne permet pas toujours de se relever facilement, et certains joueurs risquent de se retrouver bloqués à cause de la difficulté des puzzles ou des ennemis trop puissants. Le manque de systèmes de progression claire dans certains domaines, notamment les objets à collecter ou les capacités à débloquer, peut rendre l’exploration frustrante.
Le manque de diversité dans les mécaniques d’amélioration du personnage contribue également à cette frustration. Bien que Blasphemous propose un système de combat intéressant avec une évolution de l’épée Mea Culpa, l’absence de véritable système de loot ou d’objets activables ajoute une certaine lenteur à l’évolution du personnage. Vous avancez donc principalement à travers des améliorations de vos capacités, mais celles-ci arrivent souvent trop tard dans la progression pour éviter la répétitivité du gameplay.
La non-existence d’un mode multijoueur ou d’un système coopératif dans Blasphemous est une autre limite du jeu, d’autant plus qu’une partie de l’intensité du gameplay pourrait être enrichie par l’interaction avec d’autres joueurs. Ce manque de dynamique sociale est compensé par la profondeur de l’expérience solo, mais celui-ci pourrait, en contrepartie, avoir pu offrir une forme de variété qui manque à l’expérience.
L’absence de localisation en plusieurs langues, dont le français, reste également un point négatif pour un jeu qui met autant l’accent sur les dialogues cryptiques. Bien que l’anglais soit largement compréhensible pour la majorité, cela peut constituer un frein pour les joueurs qui ne maîtrisent pas la langue, réduisant l’accessibilité du jeu.
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