Sorti le 25 septembre 2024 et développé par Valorware, 9th Dawn Remake redonne vie à un RPG indépendant de 2012, en y injectant une technique moderne et des systèmes retravaillés. Entre fidélité à une esthétique rétro assumée et volonté d’élargir son public, cette refonte entend séduire à la fois les vétérans nostalgiques et les nouveaux venus curieux d’un monde ouvert à l’ancienne.
Avec ses graphismes repensés, son système de combat réinventé et un royaume de Montelorne plus riche que jamais, le titre revendique son statut de remake total, et non de simple lifting opportuniste. Reste à savoir si cette renaissance constitue une véritable épopée… ou une relique polie d’un autre temps.
Un royaume corrompu, des voix qui hantent les pierres
Dans 9th Dawn Remake, le scénario s’ouvre sur une mission modeste : enquêter sur la disparition d’un gardien de phare. Mais très vite, cette quête initiale se dilate en un récit plus large où le royaume de Montelorne devient un théâtre d’ombres, peuplé de cultes oubliés, de dragons millénaires et de mages en exil. Le joueur, héros sans nom et sans passé, traverse ces intrigues comme une lame tranchant une toile, révélant au fil des donjons et des villages l’étendue d’un mal ancien.
Le scénario ne surprend jamais vraiment. Il aligne les figures classiques du RPG occidental — prophéties, ruines hantées, forces occultes — mais il le fait avec une efficacité presque désarmante. L’immersion tient moins à la force du récit qu’à l’écriture de ses personnages-clés. Fenris, le mage banni, apporte une gravité sèche. Rena la Théomancienne, à la fois guide et contrepoint humoristique, ancre le joueur dans une dynamique plus humaine au cœur de cette fresque sinistre.
Les quêtes principales, bien qu’archétypales, bénéficient d’un soin d’écriture qui les éloigne du simple prétexte narratif. Elles dessinent un royaume crédible, où chaque pierre semble porter la mémoire d’un drame ancien. Les journaux retrouvés dans les catacombes, les dialogues des villageois, les notes grattées sur les murs des temples : tout contribue à épaissir le mythe du Phare de Maltyr, point focal de la corruption qui ronge Montelorne.
Les quêtes secondaires, loin d’être de simples tâches annexes, enrichissent cet univers. La défense d’un village contre une horde surgie des Collines de Fer, ou la traque d’un dragon invoqué par un culte secret, insufflent un sentiment d’urgence et de danger qui renforce l’implication du joueur. Ce sont ces récits périphériques qui donnent à Montelorne la densité d’un monde ancien plutôt qu’un décor procédural.
9th Dawn Remake ne cherche pas à réinventer le RPG narratif. Mais il démontre qu’une intrigue classique, lorsqu’elle est portée par des personnages bien construits et une atmosphère soignée, peut encore captiver, même sans la force d’un twist ou d’une dramaturgie contemporaine.
Un moteur repensé, une boucle de combat affûtée
9th Dawn Remake ne se contente pas d’un coup de peinture graphique : il refond ses systèmes pour proposer une expérience mécanique bien plus moderne que son ancêtre de 2012. Là où l’original oscillait entre lourdeur et approximation, ce remake déploie une jouabilité fluide, lisible et volontairement versatile.
Le combat en temps réel constitue l’épine dorsale de l’expérience. Attaques, esquives et combos s’enchaînent avec une réactivité qu’on n’aurait jamais soupçonnée dans l’épisode fondateur. Chaque boss possède son langage corporel, ses attaques signées, ses faiblesses à exploiter. L’affrontement devient un ballet de gestion d’endurance, de positionnement et de choix de sortilèges. Rien de révolutionnaire, mais une exécution suffisamment maîtrisée pour maintenir la tension jusqu’au dernier coup.
L’intégration du mode à la première personne apporte une immersion inédite. En explorant les mines, les forêts ou les ruines, la vue rapprochée accentue le sentiment d’étrangeté et de danger. Mais en combat, cette perspective se révèle parfois imprécise : les collisions manquent de rigueur, et l’action devient brouillonne dans les espaces confinés. Une idée séduisante sur le papier, mais inégale dans la pratique.
Le crafting, autrefois gadget, est désormais central. Armes, armures, potions : chaque élément peut être fabriqué puis affiné, ajoutant une couche stratégique à la progression. Le choix d’un matériau rare pour renforcer une lame ou d’une rune pour enchanter une cuirasse devient un véritable dilemme : investir ici, ou attendre une trouvaille encore plus précieuse ?
L’exploration bénéficie d’un level design mieux structuré. Les donjons multiplient les énigmes environnementales, où l’activation de mécanismes et le décryptage de runes magiques obligent à ralentir, à observer, à réfléchir. Ces pauses intellectuelles tranchent avec le rythme soutenu des combats, et donnent au monde une cohérence spatiale plus palpable.
À cela s’ajoute l’élevage de compagnons : des créatures issues d’œufs que l’on peut faire éclore puis entraîner. Chaque compagnon apporte des capacités propres, modifiant subtilement les approches tactiques. Dans les affrontements de haut niveau, savoir choisir entre un allié résistant au feu ou un autre capable d’assommer devient un levier décisif.
Enfin, les deux mini-jeux — un jeu de pêche aux accents d’auto-shooter et un jeu de cartes tactique — viennent aérer le cycle principal. Sans être essentiels, ils créent des respirations ludiques qui enrichissent l’ensemble.
9th Dawn Remake n’invente pas, mais il polit, ajuste et fluidifie avec une rigueur qui force le respect. Le jeu ne trahit jamais l’esprit du matériau d’origine, tout en modernisant chaque interstice mécanique.
Un voile de modernité sur une âme rétro
9th Dawn Remake réussit le pari délicat d’une refonte graphique qui préserve l’identité visuelle du jeu original tout en élevant son rendu technique. Le passage à une esthétique 2.5D confère une profondeur bienvenue : les environnements gagnent en relief, en lumière et en texture, sans jamais basculer dans un réalisme hors-sujet. Montelorne reste un royaume d’inspiration old-school, mais il respire désormais avec des effets dynamiques qui donnent chair aux plaines, aux forêts et aux ruines.
Les animations, autrefois sommaires, sont aujourd’hui fluides et expressives. Chaque coup d’épée, chaque incantation magique se matérialise par des effets de particules élégants. Dans les forêts d’Eldora, les rayons de soleil qui percent la canopée transforment un simple combat contre des loups en tableau atmosphérique, prouvant qu’un monde stylisé peut encore surprendre.
Cependant, certains éléments trahissent un budget limité : textures parfois simplistes, répétition de modèles pour les PNJ, et un bestiaire qui, malgré sa variété, peine à renouveler ses animations d’une zone à l’autre. Rien de rédhibitoire, mais ces failles rappellent que l’ambition du remake reste mesurée.
Côté sonore, le jeu s’appuie sur une bande-son ample et soignée, où les thèmes orchestraux se mêlent à des morceaux plus intimistes pour soutenir l’exploration. Les chants résonnent dans les catacombes, les percussions s’emballent lors des affrontements majeurs, et quelques morceaux — notamment celui accompagnant le Phare de Maltyr — parviennent à graver leur empreinte dans la mémoire du joueur.
Les bruitages environnementaux, eux, renforcent l’immersion : gouttes d’eau dans les caves, craquements de bois dans les villages, cris d’animaux au loin. Rien n’est laissé au hasard. Et pour la première fois, le jeu bénéficie d’une localisation française. Les textes traduits sont globalement de qualité, sans les maladresses habituelles des productions indépendantes. Le doublage reste limité aux voix anglaises, mais l’interprétation tient la route.
9th Dawn Remake n’a pas la prétention visuelle d’un triple A, mais dans son cadre — celui d’un RPG rétro modernisé — il trouve un équilibre convaincant entre nostalgie et confort contemporain.

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